Les élections présidentielles s’approchent à grands pas. Tous les regards sont tournés vers la succession du Président en exercice dont le mandat constitutionnel prend fin en Avril 2026. Le paysage politique prévoit deux camps pour ces élections : la mouvance et l’opposition. A la date d’aujourd’hui, le suspens est encore total dans le rang des partis capables de présenter des candidats aux élections présidentielles de 2026. Mais si le silence est à son comble dans le rang de la mouvance, il ne l’est pas autant du coté de l’opposition. Ici, les dés se jettent déjà même si le principal parti ayant le contrôle, Les Démocrates, n’a encore rien dit officiellement. Et pour cause, l’opposition ne se limite pas à ce parti. Des déclarations ont eu lieu et des noms circulent déjà. Membres de partis ou non.
Du coté de l’opposition, l’heure n’est plus au silence. Le débat est déjà houleux et des voix s’élèvent. Trois noms font déjà le tour des réseaux sociaux et même des médias. Ceux-ci ont affiché clairement leurs différentes ambitions politiques visant donc à briguer la magistrature suprême du Bénin. Il s’agit principalement de Kemi Seba, Richard Boni Ouorou et Nourou Dine Saka Saley (NDSS). Qui sont-ils et quelles chances ont-ils de pouvoir se présenter aux élections présidentielles en 2026 ?

Kemi Seba
Il n’est pas forcément actif au Bénin mais il n’est pas un inconnu de la scène politique béninoise. De son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, Kemi Seba est né le 9 décembre 1981. Grand activiste, il est reconnu pour son opposition à la Françafrique. Il fait partie de ces personnes qui luttent farouchement contre l’influence de la France en Afrique prônant une Afrique Unie et indépendante. Homme politique depuis plus d’une décennie, il a été à l’origine de plusieurs mouvements luttant contre l’impérialisme, la dictature. Il est l’un des initiateurs des manifestations contre le franc CFA prônant une monnaie commune et propre à l’Afrique. Président de l’ONG Urgences Panafricanistes et idéologue de la panafricanité, il est suivi par des milliers de jeunes sur les réseaux sociaux qui dans la foulée le soutiennent dans le cadre des luttes qu’il mène. Chroniqueur politique, et écrivain, il est depuis août 2024 conseiller spécial d’Abdourahamane Tchiani, le chef de la junte militaire du Niger. Bien qu’il ne soit pas au Bénin, Kemi Seba est opposant au gouvernement de Patrice Talon à qui il reproche de collaborer avec la France et de lui donner des privilèges qu’il ne devrait.
Ambitions politiques
Le 5 janvier 2025 Kemi Seba a annoncé publiquement sa candidature. Ceci dans une vidéo d’une dizaine de minutes publiée sur sa page Facebook. Dans cette vidéo devenue rapidement virale, il déplorait la situation socio-politique du Bénin qui selon lui constitue une crise. Il s’exprime en ces termes « Si je m’adresse aujourd’hui à vous en cette période d’une extrême gravité, en cette période les plus troublées c’est parce que notre peuple vit dans des conditions qui dépassent le cadre de l’irrationnalité. Le Bénin connait une crise sociale sans précédent. Une crise sociale qui favorise les plus riches, une minorité de la population pendant que la quasi-totalité de la population vit dans des conditions qui dépassent l’entendement » a-t-il d’abord lancé avant d’annoncer sa candidature à la suite d’un vox populi où certains citoyens se plaignent de la cherté des denrées alimentaires, de la restriction des libertés, des injustices sociales et qui appellent Kemi Seba à se porter Candidat estimant qu’il est celui par qui viendra leur salut… « C’est pour ces raisons qu’après des mois et des mois de réflexion pour ne pas dire des années, j’ai décidé d’accepter vos demandes insistantes visant à me pousser à être candidat à la présidence du Bénin » ainsi a-t-il annoncé sa candidature pour les élections présidentielles de 2026.
Actions, idéologies, relations et soutiens
Les projets de sociétés ne sont pas encore connus mais les idées que prône chacun sont plus ou moins connues. Reconnu pour ses critiques envers le régime en place, Kemi Seba compte faire profiter sa vision du développement à son pays. « Ce que nous avons propagé partout, nous allons l’installer ici pour une résurrection du pays des Agodjiés, pour une résurrection du pays de l’ancien Dahomey, pour une résurrection d’un peuple qu’on a trop longtemps voulu écraser mais que nul ne peut exterminer pour que le travail commencé par Béhanzin puisse être finalisé » avait-il affirmé quelques mois plus tôt. Une idéologie épousée par des jeunes et même au-delà dans le pays qui lui apportent leur soutien. Sur la toile, il circule des déjà des vidéos de mobilisation de citoyens formant une coalition en son nom. Dans l’une des vidéos des séances de la coalition on pouvait entendre « Kemi Seba n’est pas seulement un nom, c’est une vision, un idéal fort de ses idéaux, Kemi Seba a été appelé par nous tous… ».

Richard Boni Ouorou
Politologue et communicant, Richard Boni Ouorou est né le 22 décembre 1975 à N’dali. Président de la Fondation les Terriennes-Terriennes devenue Mouvement Liberal, il est détenteur d’une maîtrise en ingénierie commerciale à HEC Abidjan et d’une autre en science politique à l’Université de Montréal en 2018 et Droit canadien / études juridiques et jurisprudence canadiennes en 2020. Également écrivain, Socio économiste et consultant, il est spécialiste du développement des marchés en Afrique de l’Ouest. Beaucoup plus actif au Canada où les indiscrétions l’annoncent proche du premier ministre, il marque aussi sa présence sur la scène socio-politique au Bénin. Il est un opposant au régime en place. Comme il aime souvent le répéter lui-même, il a un regard critique sur la gestion du pouvoir actuel prônant la politique du développement.
Ambitions politiques
Richard est l’une des premières personnalités de l’opposition à afficher sa volonté de briguer la magistrature suprême du Bénin. A l’occasion d’un entretien sur Daabaru Tv il affirmait ceci « j’ai commencé les actions sociales depuis 2017 mais en 2019, je n’ai pas été aux élections législatives, 2021, je n’ai été sur aucune liste, 2023, je ne suis sur aucune liste, 2026, on est là ». Une déclaration qui lance les hostilités quant à la succession du Président Patrice Talon.
Actions, idéologies, relations et soutiens
Richard Boni Ouorou œuvrait déjà dans le social avant de décider de se porter candidat. A l’en croire, ses actions sociales au profit des béninois remontent à 2017. Son mouvement dénommé Libéral qui comme son nom l’indique, prône le libéralisme. Il a notamment pour ambitions le respect des droits individuels, la libre entreprise c’est-à dire un marché libre, la dynamique économique, la formation des jeunes à l’entreprenariat, l’éducation et la santé. « Nous sommes bien plus qu’un mouvement social, nous sommes une communauté qui croit profondément en la capacité de chaque individu à prendre en main son destin et à contribuer à la société » disait-il lors d’une rencontre avec ses partisans. Pour lui, il est impérieux et nécessaire d’équilibrer les actions gouvernementales au Sud et au Nord. De par son mouvement, Richard Boni Ouorou est de plus en contact avec les populations notamment au Nord où il a eu des échanges avec les populations dans plusieurs villes.

Nourou Dine Saka Saley (NDSS)
Un fin connaisseur de la chose politique au Bénin, Nourou Dine Saka Saley est un grand critique. Membre du parti Les Démocrates, il est dans l’opposition depuis près de 20 ans comme il aime bien le dire. Opposant au régime Yayi, il est aussi opposant au régime actuel. Juriste d’affaires de formation, Nourou Dine a eu à collaborer avec plusieurs structures et cabinet. Il a été Conseiller au Secteur Privé au Ministère chargé au Plan et du Développement de juin 2016 à septembre 2016. Président et CEO de Racine S.A.S, Bureau de conseil, ingénierie et communication depuis 2011, il a aussi été chargé de mission du maire au développement institutionnel et économique à la mairie de Cotonou de Février 2017 à Août 2017. Il a dans la foulée travaillé aux cotés de ABT pendant deux différentes élections.
Ambitions politiques
Nourou Dine aspire comme les autres à la présidence du Bénin. Même s’il n’a pas été aussi clair et direct que les autres dans ses déclarations, ses ambitions sont quand même palpables. « …Je lui ai promis que je serais un redoutable candidat à sa succession. Quand ? ça peut-être dans un futur proche ou dans un futur lointain. Ça fait un petit moment que je travaille et au-delà d’avoir travaillé aux projets de société de plusieurs candidats dans notre pays et ailleurs, notamment au Bénin que j’ai accompagné pour la présidentielle. Je vais faire une proposition politique aux Béninois. Que Dieu nous prête longue vie. Je ferai une proposition politique de niveau présidentiel à notre pays. Je pense que ce n’est pas un tabou de vouloir aspirer à la magistrature suprême de son pays. J’ai servi des hommes politiques à divers niveaux. Mon projet de société, ça fait très longtemps que je le construis » a-t-il laissé entendre dans une vidéo qui fait le tour des réseaux sociaux depuis peu.
Actions, idéologies, relations et soutiens
Grand critique du gouvernement, NDSS comme il aime se fait appeler n’a pas encore affiché son projet de société. Il attend certainement le moment idéal pour le faire. Mais la question de la territorialité et du développement du territoire est l’une des choses qu’il défend. Dans une vidéo, il disait avoir des soutiens, des gens plutôt prêts à soutenir sa candidature. Sur les réseaux sociaux des avis sont favorables à sa candidature. Certains voient en lui un homme qui incarne le renouveau politique au Bénin. Ceux-ci sont prêts à le soutenir.
Quelles chances ont-ils et avec qui ?
C’est sans nul doute la question que tout le monde se poserait après les différentes déclarations. Une question qui a tout son sens quand on sait qu’au Bénin et ce depuis mars 2024 conformément au code électoral modifié, les candidats aux élections présidentielles sont parrainés par les députés et les maires. « Désormais il faudra 28 députés et maires pour parrainer un candidat à l’élection présidentielle. Le texte précise, par ailleurs, que les députés et les maires ne peuvent parrainer que des candidats membres ou désignés par le parti qui l’a élu ».

En l’état seul Nourou Dine a plus de chances de concrétiser ses ambitions et se présenter aux élections présidentielles de 2026. Et pour cause, il est membre du Parti LD qui est le seul parti de l’opposition ayant la capacité de présenter ou parrainer un candidat pour les prochaines joutes électorales. Beaucoup de personnes voient d’ailleurs en lui le porte étendard du parti. Toutefois, le parti n’a pas encore désigné son représentant. Le suspens reste alors total et cela donne une certaine marge de manouvre aux autres candidats auto-proclamés. Ils peuvent aussi négocier et se faire porter par le parti.
Kemi Seba avait déjà évoqué cette possibilité au moment où il déclarait sa candidature qui était sa première carte. « La première option issue d’un certain nombre d’interactions avec les cadres du parti Les Démocrates sera que ce parti, le parti de mon cher président Yayi Boni nous porte candidat à l’élection de 2026 » Pour Kemi Seba, si l’alternative LD échoue, il mettra sur pied d’autres initiatives pour pouvoir concrétiser ses ambitions. Il s’agira pour lui de constituer une véritable coalition bien plus large que celle qui existe actuellement visant à exiger une réforme du code électoral pour que tout le monde puisse candidater à l’élection présidentielle au Benin ou mettre en œuvre une triangulation des forces. Appeler l’opération Jéricho qui s’appuiera sur une logique de révolution sur le terrain, une logique de mobilisation, de contestation populaire et une prise de responsabilité… à faire basculer les choses pour que le peuple puisse reprendre le pouvoir.
De son coté, Richard Boni Ouorou pourrait lui aussi compter sur Les Démocrates pour se présenter aux présidentielles de 2026. D’aucuns disent que sa position n’est pas assez claire. Ce qui est connu de tous pour le moment, il est opposant et il serait difficile pour lui de se faire porter par un Parti de la mouvance. La deuxième option de Kemi Seba lui profiterait aussi si c’était possible tout de suite. Comme le dit si bien un proverbe, qui veut voyager loin ménage sa monture. Chacun aurait surement de son coté ménagé sa monture avant de venir dévoiler ses ambitions sur la place publique. Any way, les jours à venir nous édifieront. Pour le moment, c’est ce qui est plus sûr.
Fiacre Awadji
