Politologue, entrepreneur, président du Parti Libéral, mais aussi bâtisseur engagé et homme de terrain, Richard Boni Ouorou est un acteur singulier du paysage politique béninois. « Forbes Afrique » dévoile une facette peu connue de celui qui, à 50 ans, incarne une Afrique qui entreprend pour se libérer. Entre confidences et actions concrètes, immersion dans l’univers d’un homme guidé par la vision, l’engagement et l’humain.
Il y a des parcours qui vont au delà de l’exceptionnel. Celui de Richard Boni Ouorou, natif de Boko dans le nord du Bénin, est de cette trempe-là. Fils d’une mère seule, dont il célèbre aujourd’hui le courage avec pudeur, il grandit entre manques et détermination. « Ma mère, c’est ma première source d’inspiration », confie-t-il. D’elle, il tient cette énergie brute qui le propulse loin, très loin même, sans jamais couper le fil avec ses racines.

Scolarisé à Parakou puis diplômé de HEC Abidjan, il aurait pu suivre la voie confortable d’une carrière juridique comme sa mère l’aurait souhaité. Mais son choix est ailleurs. Le cœur battant pour les causes sociales, il embrasse l’entrepreneuriat non pas comme un simple tremplin financier, mais comme une arme douce pour lutter contre la précarité.
De Montréal au Bénin
Son nom résonne à Montréal, Abidjan, Paris mais c’est à Djougou qu’il plante ses rêves. À peine rentré au Bénin en 2024, après huit années de projets à l’international, Richard Boni Ouorou lance un fonds de six millions de dollars pour booster l’agroalimentaire en Afrique de l’Ouest. Il monte un cabinet de développement économique et agricole, crée Terra-Ouorou Akiyo SARL, met en exploitation plus de 1 000 hectares de terres, construit un hôtel 4 étoiles, et lance une chaîne de boulangeries. Le tout, avec l’objectif de créer de l’emploi, valoriser le terroir et faire du développement une affaire locale.
Chaque chantier qu’il initie est pensé comme un levier d’autonomie. « On ne développe pas un pays depuis les salons climatisés de la capitale. Il faut des bottes, de la sueur, et beaucoup de courage », dit-il souvent.
Mais l’homme d’affaires n’oublie pas l’humain. Sa Fondation Terrien-ne sillonne les campagnes. Des écoles voient le jour ou reprennent vie, 500 lampadaires solaires éclairent désormais les soirées d’étude des élèves, et plusieurs forages réduisent les tensions autour de l’eau entre agriculteurs et éleveurs.
Avec un style qui évite les grandes messes politiciennes, Boni Ouorou préfère le concret. Il multiplie les initiatives en faveur de l’autonomisation, misant sur la formation, la maintenance locale et la responsabilisation des jeunes.
L’Afrique comme centre, pas comme périphérie
Dans sa vision, l’agriculture n’est qu’une porte d’entrée. Il diversifie ses investissements. Nanti International à Lomé dans l’huile industrielle et les stations-service, Yema Distribution à Paris dans l’audiovisuel, et récemment Blue Partners, une entreprise spécialisée dans la collecte de données économiques. Ce dernier projet, lancé en 2025, vise à rendre l’Afrique plus lisible pour les investisseurs, en misant sur la transparence et la fiabilité de l’information.
Faut-il le dire, toujours sur la corde raide entre l’entrepreneuriat et la politique, il avance avec prudence mais détermination. Membre de l’équipe politique de Justin Trudeau au Canada, auteur reconnu, il garde pourtant un pied bien ancré dans les champs de Djougou et l’autre dans les forums internationaux.
« Ce qui fait la différence, ce ne sont pas seulement les idées, c’est la capacité à les appliquer », martèle-t-il. Et chez lui, tout semble découler de cette philosophie. Pas de posture, mais un engagement qui prend corps, souvent loin des projecteurs. Loin aussi des tambours de la politique spectacle, il creuse son sillon, un projet après l’autre, un village après l’autre.
N. Faboladji Abèrèkéré
