Sur le plateau d’Abomey, terre chargée d’histoire et berceau du puissant royaume de Danxomè, plusieurs collectivités perpétuent encore aujourd’hui l’héritage ancestral. Mais l’une d’elles se distingue par son organisation, son symbolisme et son fonctionnement quasi royal. Il s’agit de la collectivité Sogan Glèlè, sise à Lèlè, à quelques kilomètres du cœur historique du royaume.
Son origine remonte à plusieurs siècles. Selon les explications du chef actuel, Dah Sogan Glèlè Lohotogbe, la naissance de la collectivité est le fruit d’une reconnaissance accordée par le roi Glèlè à son propre fils, Sogan. Glèlè, roi du Danxomè de 1858 à 1889, voyait en Sogan un prince aux talents multiples. Au palais royal (Honmè), ce dernier jouait un rôle central dans les rituels et cérémonies. Il était notamment chargé du Zandrodro, rituel exécuté lors des grandes manifestations culturelles et cultuelles. Il accomplissait également le Bamimi, rite de clôture qui marque la fin des cérémonies et oriente les décisions futures du souverain.
Mais Sogan n’était pas seulement un homme de rites. Il fut aussi un grand combattant. À l’époque des guerres entre royaumes, il partait défendre son père et le Danxomè, revenait victorieux après avoir combattu les ennemis du royaume, à l’instar de ses frères d’armes. Artiste accompli, il contribuait aussi au rayonnement culturel du palais lors des célébrations traditionnelles. Face à tant de loyauté, de bravoure et de talent, le roi Glèlè a alors décidé de lui reconnaître officiellement ses mérites. Il lui a donc accordé le droit de s’installer sur une terre de son choix et d’y exercer une autorité. Après avoir quitté Houawé pour Agondji, Sogan et les siens ont fini par s’établir à Lèlè, à la suite de persécutions. C’est là que le roi lui a remis une couronne, consacrant son statut de chef et l’autorisant à exercer les prérogatives princières sur son territoire. C’est ainsi qu’est née la collectivité Sogan Glèlè.

Une collectivité qui fonctionne comme un royaume
La particularité notable au niveau de la collectivité réside dans le fait qu’elle dispose d’un palais (Honmè) construit à l’image du palais royal d’Abomey. Sur ses murs figurent les symboles et représentations des grands rois du Danxomè. À l’intérieur, un cadre met en évidence l’ancêtre suprême Houégbadja, fondateur du royaume, ainsi que l’effigie du roi Glèlè, père de Sogan. C’est d’ailleurs de cette filiation que la collectivité tire son nom. On y retrouve aussi le « Adô Ô Hô » qui désigne le lieu sacré où sont inhumés les Dah, les chefs de la collectivité, un espace hautement symbolique dédié au repos des ancêtres et à la continuité de la lignée royale.

Fondée depuis plusieurs siècles, la collectivité a connu quatre chefs. Il s’agit de Dah Goutin (premier chef), Dah Houenontin, Dah Kandenou et Dah Sogan Glèlè Lohotogbe (actuel chef).


La Collectivité Sogan Glèlè regroupe en son sein plusieurs familles. Il s’agit des familles Sogan, Dekan, Lodji, Alokpe, Gbewa, Dohoungo, Alinkan et Houenontin, unies autour d’un héritage commun et d’une tradition séculaire héritée du Danxomè.
Selon Sogan Céline, grande princesse (Nan Daho en langue fon) et fille du chef, la désignation du chef se fait après consultation de l’oracle. Une fois le choix validé, le nom est transmis au palais royal de Glèlè à Abomey, où se déroule l’intronisation officielle. Intronisé alors qu’il était très jeune, Dah Sogan Glèlè Lohotogbe règne depuis plus de 60 ans.
Hommage aux ancêtres, la tradition en mouvement
Fidèle à ses origines, la collectivité continue d’aller « à l’école » de sa source, le palais royal de Glèlè. Depuis son accession au trône, Dah Sogan Glèlè Lohotogbe organise régulièrement des cérémonies culturelles et cultuelles en hommage aux ancêtres du Danxomè et aux descendants de Houégbadja.La grande cérémonie aujourd’hui à sa quatrième édition, a officiellement démarré le vendredi 27 février 2026.
La première étape est le Toyiyi, rituel consistant à aller recueillir l’eau de la source. « Nous assistons à la cérémonie du Toyiyi qui consiste à aller recueillir l’eau de la source afin de rattacher ce qui est désuni », explique Maître BOBOS ADOHO( Chandelier de la paix), rencontré devant le palais. Le rituel est exécuté par des adeptes du Vodun. Après prières et bénédictions, les participantes, jarres sur la tête, se rendent à la source, accompagnées du Hanyé, qui assure l’animation culturelle par chants et danses traditionnels. Selon Sogan Adadja, dit Salanon Soganton, l’eau recueillie sert aux prières et aux différentes invocations devant les divinités et les représentations des ancêtres.

L’histoire rapporte également qu’Adoho, fils de Sogan, fut installé à Toyizanli. C’est pourquoi, après les différentes cérémonies cultuelles qu’il s’agisse de « l’Ahandoxô, du Zokouétéhoun (Ninsou) ou d’autres rites », la collectivité Sogan Glèlè perpétue aussi ces pratiques sur ce site, dans le respect de l’héritage ancestral.
Une fête de rassemblement
Pour Dah Sogan Glèlè Lohotogbe, la cérémonie dépasse le simple cadre cultuel. Elle constitue un moment de retrouvailles pour les fils et filles de la collectivité et pour les descendants de Houégbadja venus de divers horizons. Au programme des sacrifices de bœufs, dont un spécialement dédié à Houégbadja ; invocation de Ganminvodoun ; rituels exécutés par les fils de Houégbadja venus du palais royal ; manifestations culturelles, notamment le Hanyé, tout ceci en présence annoncée de têtes couronnées et dignitaires traditionnels.
À suivre
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Fiacre Awadji
