Un rapport sénatorial français consacré à la régulation de l’information dans l’espace numérique, publié en juillet 2026, dresse un constat qui dépasse largement les frontières hexagonales. Basculement massif des usages vers les réseaux sociaux, fragilisation du modèle économique de la presse, montée des risques liés à l’intelligence artificielle générative, ces évolutions concernent de nombreux pays, dont le Bénin, où la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) mène également une réflexion sur l’encadrement des nouveaux espaces de diffusion de l’information.
Un basculement mondial vers les plateformes
Le rapport, porté par les sénateurs français Laurent Lafon, Agnès Evren et Sylvie Robert, s’appuie sur une étude de référence de l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme de l’Université d’Oxford, menée auprès de 100 000 personnes dans 48 pays. Celle-ci montre que le public s’informe désormais davantage par l’intermédiaire des plateformes numériques comme Facebook, YouTube ou TikTok que par les médias traditionnels. Une évolution observée dans différentes régions du monde.
Selon Rasmus Kleis Nielsen, directeur de cet institut, les modèles historiques de la presse ont profondément changé. Alors qu’autrefois les médias traditionnels disposaient d’un important pouvoir de marché face aux annonceurs, les plateformes numériques captent aujourd’hui une part majeure de l’attention et du temps des utilisateurs.
Une désinformation massive et documentée
Le rapport met en avant plusieurs données illustrant l’ampleur du phénomène à l’échelle internationale. Le projet SIMODS, piloté par l’organisation Science Feedback avec des partenaires européens, a étudié la présence de contenus trompeurs sur plusieurs grandes plateformes numériques. Selon ses conclusions, ces contenus représenteraient environ un quart des publications sur TikTok, avec une progression également observée sur YouTube. La crédibilité des informations diffusées sur certaines plateformes reste par ailleurs largement questionnée.
L’autre phénomène relevé par les sénateurs est la multiplication des sites d’information produits en grande partie grâce à l’intelligence artificielle. Aux États-Unis, ces sites, souvent désignés sous le terme « pink slime », se sont développés en nombre, au point de concurrencer certains médias locaux traditionnels. Un phénomène comparable a également été observé en France, illustrant le caractère transnational de cette nouvelle forme de production automatisée de contenus.
Un modèle économique fragilisé
Le rapport souligne un mécanisme économique désormais bien identifié dont la concentration croissante des revenus publicitaires numériques entre les mains d’un nombre limité de grandes plateformes internationales. Selon les chiffres cités, les huit principaux acteurs du numérique (Google, Meta, Amazon, TikTok, LinkedIn, Snap, X et Pinterest) représentaient 76 % du marché publicitaire digital en 2025, contre 72 % en 2023. Cette évolution contribue à fragiliser les médias traditionnels, notamment les éditeurs de presse, dont les ressources publicitaires ont progressivement diminué face à la domination des plateformes.
Le Bénin face aux mêmes enjeux
Ces constats trouvent un écho dans le débat béninois sur la régulation de l’espace numérique. En juillet 2025, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) a engagé une réflexion sur l’encadrement des réseaux sociaux et des créateurs de contenus, face à la montée en puissance de nouveaux acteurs de l’information sur des plateformes comme TikTok et Facebook.
Son secrétaire général, François Awoudo, a notamment estimé que les outils numériques permettant de diffuser largement des contenus auprès du public doivent être pris en compte dans la réflexion sur la régulation de l’information. Il a également évoqué la nécessité d’adapter le cadre juridique aux nouvelles pratiques numériques.
Dans la lutte contre la désinformation, la HAAC a également renforcé les capacités des professionnels des médias. En mai 2025, elle a organisé, avec l’appui de MTN Bénin, un séminaire de formation au fact-checking consacré notamment aux mécanismes de production et de propagation des fausses informations ainsi qu’à la compréhension de l’écosystème informationnel en Afrique de l’Ouest.
Ces initiatives montrent que, malgré des cadres juridiques différents selon les pays, les régulateurs partagent un même constat : les plateformes numériques jouent désormais un rôle majeur dans la circulation de l’information, sans être soumises aux mêmes obligations que les médias traditionnels. De Paris à Cotonou, les autorités cherchent ainsi à adapter leurs outils face aux transformations profondes de l’espace informationnel.
Ci-dessous le rapport
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Brunelle Tchobo
