Trois ans après la disparition de Gbèmawonmèdé, son fils Dèdomin s’en est allé à son tour, le 22 juillet 2026. Celui qui avait choisi de reprendre le flambeau paternel et de prolonger son héritage musical n’aura finalement pas eu le temps d’écrire toutes les pages de cette succession artistique. Inhumé le 30 juillet 2026, il laisse une communauté culturelle marquée par une double perte et un patrimoine désormais orphelin de ses deux principaux passeurs.
À Agonlin, la disparition de Dèdomin ne constitue pas seulement la perte d’un artiste. Elle vient refermer, brutalement, un chapitre d’une histoire familiale étroitement liée à la musique traditionnelle de la région. Fils de Gbèmawonmèdé, figure emblématique du rythme Lomba, Dèdomin avait fait le choix de poursuivre l’œuvre de son père après sa disparition.
Il était devenu l’un des visages de cette continuité artistique. Son parcours était lié à celui de son père, dont il s’était attaché à préserver les sonorités, les enseignements et la mémoire.
Dans les pas de son père
Gbèmawonmèdé avait marqué la musique traditionnelle béninoise par son engagement en faveur du rythme Lomba et de la valorisation du patrimoine culturel d’Agonlin. Après sa mort, la question de la continuité de son œuvre s’était naturellement posée. Dèdomin avait alors choisi de prendre le relais.
À travers ses prestations et son engagement artistique, il contribuait à maintenir vivant le répertoire de son père. Il ne s’agissait pas uniquement de perpétuer un nom de famille. Dèdomin s’était inscrit dans une véritable démarche de transmission, en faisant vivre une musique et une mémoire qui appartenaient à son histoire familiale mais aussi à celle de toute une communauté.
Il était l’héritier d’un artiste, mais aussi le dépositaire d’un patrimoine. Son départ prématuré intervient donc au moment où cette transmission avait encore beaucoup à écrire. À seulement trois ans de la disparition de son père, celui qui devait prolonger davantage cette œuvre disparaît à son tour.
Une succession artistique brutalement interrompue
La disparition successive de Gbèmawonmèdé et de Dèdomin pose désormais avec davantage d’acuité la question de la transmission de leur patrimoine artistique. Dans les musiques traditionnelles, une grande partie des savoirs se transmet par la pratique, l’apprentissage direct et la mémoire des artistes. La disparition des porteurs de cette mémoire peut ainsi fragiliser la continuité des répertoires.
Dans le cas de Gbèmawonmèdé, Dèdomin représentait précisément l’un des maillons de cette chaîne. Sa mort oblige donc les acteurs culturels d’Agonlin à réfléchir à la manière de préserver et de transmettre cet héritage. Enregistrements, archives, témoignages, répertoires musicaux et formation des jeunes artistes pourraient constituer autant de moyens de maintenir cette mémoire.
Les artistes Mahi réunis autour de sa mémoire
L’accompagnement de Dèdomin vers sa dernière demeure, le jeudi 30 juillet 2026, a donné lieu à une importante mobilisation de la communauté artistique. À l’occasion de la cérémonie de Lansikplèkplè, plusieurs artistes de la communauté Mahi ont effectué le déplacement pour lui rendre hommage et témoigner leur solidarité à sa famille selon les informations rapportées par Agonlin Médias.
Parmi les artistes présents figuraient notamment Ahouankpon, Jesusgnon, Hansomi, Agbasse, Carenasse Aziza et Ayissin, envoyé spécial de la légende Gbezé, ainsi que de nombreux autres artistes.
Cette mobilisation témoigne de la place occupée par Dèdomin dans le milieu culturel. Elle traduit également une solidarité entre artistes qui dépasse les appartenances individuelles. Au-delà des rites et des hommages, cette présence collective a permis de rappeler le parcours de celui qui avait consacré une partie de sa vie à faire vivre l’héritage de son père.
Le FestTiRA perd aussi un collaborateur attendu
Dèdomin ne disparaît pas seulement alors qu’il poursuivait l’œuvre de son père. Il s’en va également au moment où de nouveaux projets artistiques se dessinaient.
L’équipe du Festival International Racines d’Agonliin (FestTiRA) avait engagé des discussions avec lui et d’autres artistes en vue de la réalisation d’une chanson pour l’édition 2026 du festival.
La disparition de l’artiste a donc également affecté l’organisation de cet événement consacré à la valorisation des racines et du patrimoine culturel d’Agonlin. Dans un message publié après l’annonce de son décès, l’équipe du FestTiRA a salué sa mémoire et adressé ses condoléances à sa famille biologique et artistique.
Le promoteur et commissaire général du festival, Rodolph Cassius Dowenon, a par ailleurs annoncé que cette édition rendrait un hommage particulier à Dèdomin. Un hommage qui prend une dimension particulière lorsque l’on sait que l’artiste devait encore contribuer à l’écriture d’une nouvelle page de cette histoire culturelle.
Rejoignez nous sur Whatsapp
https://whatsapp.com/channel/0029Vary7ry96H4T5J95FD3z
Fiacre Awadji
