La 17ᵉ édition du Forum social mondial s’est déroulée du 6 au 8 août 2026 au Bénin, avec l’Université d’Abomey-Calavi comme principal site des activités. Elle s’est achevée samedi 8 août par une cérémonie de clôture suivie d’une marche sur le campus.
Plus de 100 pays et des centaines d’organisations ont pris part à trois jours de débats consacrés aux grandes crises sociales, écologiques et politiques contemporaines. Le retour du Forum social mondial en Afrique s’inscrit dans une lecture des dynamiques de luttes, de résistances et de propositions portées notamment par les communautés ouest-africaines, confrontées à l’accaparement des terres, aux effets du changement climatique, à l’extractivisme et aux conflits. Après les précédentes éditions africaines de Bamako en 2006, Nairobi en 2007, Dakar en 2011 et Tunis en 2013 et 2015, le FSM a fait son retour sur le continent au Bénin.
Le choix du Bénin pour accueillir cette 17ᵉ édition au nom de l’Afrique tient également à sa forte dimension historique et culturelle. Ancien territoire du royaume du Dahomey, berceau des Amazones et lieu de mémoire de la traite esclavagiste, le pays est aussi présenté comme un carrefour de la spiritualité vodun et de la culture panafricaine, ainsi qu’un espace de retour et de reconnexion pour les afrodescendants en quête de justice historique.
Cette candidature a été portée par la Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau – Ouest-africaine (CGLTE-OA), avec la mobilisation de la société civile béninoise, en lien avec des plateformes africaines, des réseaux internationaux et des mouvements sociaux. Le gouvernement béninois avait également manifesté sa disponibilité à accompagner l’organisation de l’événement.
Le déroulement du Forum a toutefois connu un contretemps. Selon Fabien Cohen, secrétaire du Conseil international du FSM, une « simple incompréhension entre le gouvernement et le conseil national d’organisation » a contribué à réduire la durée effective de l’événement à trois jours.
Un espace de rencontre et de mobilisation
Placée sous le thème « Gouvernance des ressources naturelles et luttes populaires face aux crises globales : quelles alternatives pour la paix, la cohésion sociale et le développement durable ? », cette édition a réuni des acteurs de la société civile autour de quinze thématiques et de nombreuses activités. Le Forum social mondial n’a toutefois pas vocation à adopter des décisions contraignantes. Fabien Cohen rappelle qu’il « n’est pas un lieu où des décisions se prennent ». Les engagements sont pris par les mouvements, individuellement ou collectivement. Le FSM se définit ainsi davantage comme un espace de facilitation, destiné à créer les conditions permettant aux organisations et aux mouvements de se rencontrer, de confronter leurs expériences et de construire des collaborations. La cérémonie de clôture s’est achevée près du jardin botanique de l’Université d’Abomey-Calavi.
Migrations, défendre la liberté de circulation
Parmi les sujets abordés, les migrations ont occupé une place importante. Un « village » consacré à cette question a réuni environ 70 organisations, parmi lesquelles le réseau afro-européen Migreurop. Des ateliers ont porté notamment sur la liberté de circulation, la criminalisation des personnes migrantes et la situation des familles de personnes disparues. Sarah Bachellerie, membre de l’équipe de coordination de Migreurop, a également mis en avant un constat concernant la mobilité intra-africaine. Selon elle, l’externalisation des frontières européennes et la pression exercée sur les pays africains pour renforcer le contrôle migratoire contribuent à diffuser une logique sécuritaire qui entrave également la circulation des ressortissants africains sur leur propre continent.
Moctar Dan Yaye, fondateur de l’association Alarme Phone Sahara, a pour sa part insisté sur la nécessité de rapprocher les organisations qui travaillent sur les questions de mobilité. Pour lui, la mise en commun des luttes doit permettre aux acteurs de parler davantage d’une seule voix. Les échanges ont également permis de mettre en relation les questions migratoires avec d’autres crises, notamment le changement climatique et l’insécurité au Sahel. Cette approche souligne l’interdépendance de problématiques souvent traitées séparément.
Justice fiscale
La justice fiscale figurait également parmi les sujets de discussion. Robin Guittard, du CCFD-Terre Solidaire, a notamment défendu la piste d’une taxation unitaire des multinationales. Le principe consiste à considérer une multinationale comme une entité unique et à déterminer l’impôt à partir de l’activité réelle qu’elle exerce. Selon lui, dans le cas des pays africains, une hausse des recettes fiscales liée à une meilleure répartition de l’imposition pourrait représenter des montants considérables, comparables aux encours de prêts contractés auprès du Fonds monétaire international.
Un bilan positif malgré un contexte tendu
Malgré les difficultés ayant entouré son organisation et la réduction de sa durée, Fabien Cohen a dressé un bilan positif de cette 17ᵉ édition. Il estime que le retour du FSM en Afrique était nécessaire et que le choix du Bénin s’est révélé pertinent. La rencontre a surtout permis à des organisations issues de différents horizons de confronter leurs analyses, de rapprocher leurs luttes et d’envisager de futures collaborations. Le FSM n’ayant pas vocation à produire une déclaration finale contraignante, son bilan se mesure davantage à travers les engagements et les initiatives que les mouvements décident de poursuivre après leur rencontre.
À la clôture, un appel global a été lancé par les organisations présentes pour la mise en place d’une plateforme internationale consacrée à la souveraineté d’Haïti. L’initiative doit notamment contribuer à préparer, en 2027, une grande conférence nationale sur Haïti dans la Caraïbe.
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Brunelle Tchobo
