Au Bénin, les cours de vacances sont devenus presque incontournables dans de nombreuses familles. Pour certains parents, ils permettent de maintenir les acquis et de préparer la rentrée. Pour d’autres, ils privent les enfants d’un temps essentiel de repos et de loisirs. Entre habitudes, pression sociale et recommandations des spécialistes, faut-il vraiment transformer les vacances en prolongation de l’année scolaire ?
À Cotonou et Abomey-Calavi, certaines écoles terminent l’année scolaire au début de juillet et les cours de vacances commencent en août, de la maternelle en terminale. Suivre les cours de vacances est comme une tradition dans des milliers de familles. Mais est-ce vraiment ce dont les enfants ont besoin ? Enquête auprès de parents, d’élèves et d’une psychopédagogue.
« S’ils ne font rien pendant les vacances, ils vont tout oublier »
Chez Bernadette, institutrice à la retraite depuis plus de dix ans, résidant dans la commune d’Abomey-Calavi, la question ne se pose même plus. Tout le monde sait dans la maison qu’il faut suivre les cours de vacances chaque année. C’est non négociable. Tous les enfants de la maison suivent des cours de vacances, sans exception. « J’ai vu tellement d’enfants régresser pendant les grandes vacances. Quand on reprend l’année scolaire, ils se comportent comme s’ils n’avaient jamais étudié. Tout a l’air nouveau pour eux », justifie-t-elle. De ses enfants à ses petits-enfants, la règle est demeurée inchangée.
Père de trois enfants, dont deux sont au primaire, Joël, âgé de la trentaine et résidant à Cotonou, est dans la même logique que Bernadette. « Toute la période des vacances sans rien faire, c’est trop long. S’ils ne font rien, ils vont tout oublier et on repart de zéro en septembre », laisse-t-il entendre. Pour lui, les cours de vacances sont une sécurité. « C’est pour maintenir le rythme. La matinée à l’école et le reste de la journée est à eux », dit-il.
Son fils de 10 ans ne partage pas complètement cet enthousiasme. Il se plaint de ne pas pouvoir passer du temps à se reposer et à s’amuser comme certains de ses amis du quartier. « Le matin, je dois me lever tôt pour aller à l’école, comme en période scolaire. J’aurais préféré jouer au jeu de Ludo et au foot comme John », a-t-il déploré.
Pour d’autres parents, la décision est moins réfléchie qu’entraînée par une forme de pression sociale. C’est le cas de Germain, père de deux enfants. « Pour être honnête, j’ai inscrit mes enfants aux cours de vacances parce que tous les enfants des voisins y vont. Si je les laisse à la maison et qu’ils présentent du retard par rapport aux autres pendant l’année scolaire, je m’en voudrais », confie le père de famille.
Sa fille en classe de 3ᵉ résume la façon dont elle vit ses cours de vacances. « Les cours sont accélérés parce que certains enseignants tiennent à ce qu’on travaille brièvement sur tous les chapitres du programme. Ils donnent aussi beaucoup d’exercices qui nous occupent parfois jusque tard dans la nuit », explique-t-elle. Elle a l’air fatiguée, mais résiliente.
« Nous, on a choisi de laisser les cours de vacances cette année »
À l’inverse, chez Sèdjro, un père de plusieurs enfants dont quatre ont déjà eu le bac avec de bonnes mentions, il est rare qu’il inscrive ses enfants aux cours de vacances. Personne ne suit les cours de vacances cette année chez lui.
« Ils ont des sorties en vacances dans leur groupe de l’église. Ils ne ratent jamais. Ils risquent de perdre deux semaines des cours de vacances en raison de ces sorties, si je les inscrivais. C’est pourquoi j’ai pris l’habitude de ne pas les inscrire. De toute façon, si quelqu’un présente des lacunes au cours de l’année scolaire, nous verrons comment l’accompagner, comme d’habitude », laisse entendre le père de famille.
Entre la peur de la régression, la pression sociale du voisinage et l’envie de laisser souffler les enfants, les parents béninois naviguent chaque année entre plusieurs logiques.
Un équilibre nécessaire
Valérie Mitokpè, psychopédagogue et directrice d’un complexe scolaire d’enseignement maternel, primaire et secondaire, ne mâche pas ses mots sur la généralisation des cours de vacances. Interrogée sur la question, sa réponse est sans détour : les cours de vacances sont-ils systématiquement recommandés ? « Non et non », répond-elle fermement. « Il faut éviter de faire des cours de vacances une seconde année scolaire en miniature », ajoute-t-elle.
Selon elle, les cours de vacances ne sont pas destinés à tous les enfants. « Ils peuvent être pertinents lorsqu’un enfant présente des difficultés identifiées, lorsqu’il doit consolider certaines notions ou lorsqu’un programme pédagogique spécifique le justifie », explique-t-elle. Elle souligne que les besoins de l’enfant doivent être pris en compte avant de décider de l’inscrire à ces cours.
Mais inscrire systématiquement tous les enfants à des cours intensifs peut produire l’effet inverse de celui recherché. « Inscrire systématiquement tous les enfants à des cours intensifs peut produire l’effet inverse de celui recherché : fatigue, démotivation et rejet du travail scolaire », prévient l’experte.

Pour les familles qui choisissent d’inscrire leurs enfants, Valérie Mitokpè insiste sur la nécessité de préserver un équilibre. « Il faut préserver quotidiennement des temps de repos, de jeu, d’activité physique et de vie familiale », indique-t-elle. Les vacances doivent également permettre à l’enfant de se reposer et de jouer, plutôt que de prolonger les longues séances de travail scolaire.
La psychopédagogue rappelle par ailleurs que les vacances ne signifient pas une absence totale d’apprentissage. L’enfant continue notamment d’apprendre à travers « les jeux, les conversations, les activités manuelles, la cuisine, le jardinage, les sorties, les voyages, les déplacements, la lecture » ou encore les responsabilités adaptées à son âge.
Elle recommande également d’adapter les activités au niveau de l’enfant. Pour les plus jeunes, « la lecture d’une histoire, quelques jeux de langage, un peu de calculs peuvent largement suffire ». Pour les élèves plus âgés, les parents peuvent prévoir « un temps régulier de lecture, quelques exercices de consolidation et la révision de certaines notions essentielles ». L’objectif, précise-t-elle, est surtout de « maintenir les acquis ».
Valérie Mitokpè met enfin en garde contre les longues séances quotidiennes et la pression permanente autour des cahiers. « Les vacances doivent permettre à l’enfant de découvrir qu’apprendre peut être agréable », souligne-t-elle.
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Brunelle Tchobo
