Dans un débat où reviennent sans cesse les questions de durée des mandats, de révisions constitutionnelles et de lien entre démocratie et développement, le professeur Victor Topanou livre une réflexion sans détour. Comparant les trajectoires des pays francophones et anglophones d’Afrique, il dénonce ce qu’il considère comme une incapacité à dépasser certains débats institutionnels pour se concentrer sur les réformes et les résultats. Un point de vue tranché, nourri par l’expérience et l’inquiétude d’un universitaire qui appelle à « avancer ». Lisez plutôt.

Prof Victor Topanou : « Vous ne verrez dans aucun pays anglophone aujourd’hui le débat sur la question de savoir s’il y a un lien entre le développement et la démocratie. Non, il n’y en a plus, c’est terminé. C’est terminé. Vous êtes dans un modèle démocratique, vous observez des insuffisances, vous les relevez, vous les corrigez et on avance. Point.
On ne revient pas dire aux populations : « La démocratie nous a fait perdre du temps, nous voulons le pain, nous ne voulons pas la liberté ». Non, ça n’existe pas. Et c’est ça qui fait que nous, on a honte quand on va voir les anglophones. Dans les pays anglophones, vous n’avez aucun débat sur la durée des mandats. Jusqu’à présent, ils sont tous à des mandats de 4 ans. 4 ans. Et quand le candidat à la présidentielle postule au poste, la première chose qu’il se dit, c’est : « Que puis-je faire en 4 ans pour impacter durablement ma société ? » Point.

Chez nous les francophones, nous avons commencé par dire il faut 5 ans, après on a dit 5 ans c’est pas suffisant pour les réformes structurelles, il faut passer à 7 ans. Bientôt, pour les mêmes raisons, on va passer à 9 ans, et probablement on ira s’arrêter à 11 ans. Probably.
C’est également chez les francophones, nous les francophones, que vous entendez le type de débat du genre : on fait une révision constitutionnelle, mais après, à partir de quel niveau la révision débouche sur une nouvelle Constitution ou débouche sur une nouvelle République, et donc en conséquence remettrait les compteurs des mandats présidentiels à zéro ?

Il n’y a que nous, il n’y a que nous les francophones. Et c’est ça qui fait l’objet de mon désespoir, je dirais quasiment en fin de carrière. Et quand je viens m’asseoir pendant des heures, que je constate que c’est toujours pour le même débat, vous comprenez que j’ai pas envie de poser de question, vous comprenez que j’ai rien à ajouter, sauf à vous exprimer mon désarroi que je souhaiterais que vous partagiez. Il faut qu’on avance, il faut qu’on avance. »

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Transcription : Pesce Prudence Hounyo (source externe)

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