Les électeurs de Guinée-Bissau ont voté ce dimanche 30 août pour se prononcer sur une nouvelle Constitution. Le texte prévoit notamment de renforcer les pouvoirs du président. Le référendum intervient avant les élections générales annoncées pour le 6 décembre, qui doivent marquer le retour du pays à un régime civil. Selon la Commission nationale des élections (CNE), plus de 55 % des électeurs inscrits ont participé au scrutin. Le vote s’est déroulé dans le calme, malgré l’appel au boycott lancé par une partie de l’opposition.
Le vote s’est tenu de 07h00 à 17h00 GMT, avec un dispositif de sécurité renforcé dans plusieurs points stratégiques de la capitale. Une forte pluie matinale a ralenti l’arrivée des électeurs dans certains quartiers. Le dépouillement a commencé dimanche soir et les premiers résultats provisoires sont attendus à partir de mardi. Les électeurs étaient appelés à répondre par « oui » ou par « non » à la question : « Êtes-vous d’accord avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ? »
Le texte, adopté par les autorités de transition, prévoit de faire évoluer le système politique vers un régime présidentiel renforcé. Il mettrait notamment fin au mécanisme actuel selon lequel le Premier ministre est issu de la majorité parlementaire, une configuration qui a régulièrement alimenté les tensions entre la présidence et le gouvernement.
La réforme donnerait au chef de l’État le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement, et de présider le Conseil des ministres. Elle lui permettrait également, dans certaines circonstances, en cas de grave crise politique, de dissoudre le Parlement. Le projet prévoit par ailleurs de réduire le nombre de députés de 102 à 65 et le nombre de circonscriptions électorales de 29 à 12.
Une opposition qui dénonce une concentration du pouvoir
Le climat politique reste tendu. Le PAIGC, parti historique ayant conduit la Guinée-Bissau à l’indépendance en 1974, a appelé au boycott du référendum, dénonçant un scrutin organisé par un pouvoir de transition non élu et un contexte marqué par des restrictions des libertés publiques. Des voix se sont également élevées au sein de la société civile. Le président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains, Abubacar Turé, a notamment mis en garde contre une concentration excessive des pouvoirs entre les mains de l’exécutif.
Le projet constitutionnel prévoit également de nouvelles conditions pour les candidats à l’élection présidentielle, notamment une exigence de résidence permanente dans le pays au cours des cinq années précédant le scrutin. Le texte fixe aussi des conditions financières et organisationnelles pour les candidatures.
Un référendum organisé après un coup d’État
Le scrutin intervient neuf mois après le coup d’État du 26 novembre 2025, au cours duquel l’armée a renversé le président Umaro Sissoco Embaló, quelques jours après une élection présidentielle dont le processus avait été interrompu.
La junte a depuis installé le général Horta N’Tam comme président de transition. La charte de transition lui interdit de se présenter à l’élection présidentielle prévue en décembre.
Avant son renversement, Umaro Sissoco Embaló avait lui-même dissous, en 2023, un Parlement dominé par l’opposition, après avoir dénoncé une tentative de coup d’État. Il avait ensuite gouverné par décret.
Depuis son indépendance du Portugal en 1974, la Guinée-Bissau connaît une longue histoire de coups d’État et de tentatives de coups d’État, faisant de la stabilité institutionnelle l’un des principaux défis du pays.
Vers un régime présidentiel renforcé
Si le « oui » l’emporte, la nouvelle Constitution pourrait profondément modifier l’équilibre des pouvoirs en Guinée-Bissau en donnant au chef de l’État des prérogatives beaucoup plus importantes sur le gouvernement et le Parlement.
Le référendum intervient dans un contexte africain marqué par plusieurs réformes constitutionnelles ayant renforcé les pouvoirs exécutifs ou modifié les règles relatives aux mandats présidentiels. Des évolutions de ce type ont notamment été observées ces dernières années au Zimbabwe, en Guinée, au Togo, en Ouganda et au Tchad.
Mais au-delà du résultat du référendum, la question centrale demeure celle de la capacité des autorités de transition à organiser, comme annoncé, des élections générales le 6 décembre et à assurer un retour effectif à un régime civil.
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Brunelle Tchobo
