Le Sénégal dispose d’un arsenal juridique et institutionnel important pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Mais dépendance aux importations, changement climatique, pression foncière et faiblesse de la gouvernance continuent de fragiliser le pays. C’est le constat du rapport national du projet NEEMA consacré à la résilience alimentaire et nutritionnelle.

Le diagnostic est sans détour. Le Sénégal a multiplié les lois, les stratégies et les institutions pour renforcer sa sécurité alimentaire, mais les résultats restent confrontés à des fragilités structurelles.

Publié dans le cadre du projet NEEMA, financé par le programme européen Erasmus+ et coordonné par l’Université de Séville, le rapport analyse les politiques de résilience alimentaire et nutritionnelle du pays. L’Université Amadou Mahtar MBOW a notamment contribué à son élaboration à travers ses enseignants-chercheurs du DSTAAN.

Une forte dépendance aux importations

L’un des principaux défis identifiés concerne la dépendance du Sénégal aux importations alimentaires, notamment pour des produits essentiels comme le riz et le blé. Cette situation rend le pays particulièrement vulnérable aux chocs extérieurs, alors que les prix des denrées alimentaires ont fortement progressé ces dernières années. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique, notamment la sécheresse, qui affectent les capacités de production agricole.

Le phénomène ne touche plus uniquement les zones traditionnellement vulnérables. Selon le rapport, l’insécurité alimentaire gagne également des régions côtières jusque-là relativement épargnées.

Des lois nombreuses, mais un droit à l’alimentation encore fragile

Le Sénégal s’est doté d’un important dispositif juridique. Le pays a notamment ratifié plusieurs textes internationaux consacrant le droit à une alimentation adéquate.

Pourtant, le rapport relève que ce droit n’est pas explicitement constitutionnalisé. Une situation qui, selon les auteurs, limite la pleine traduction des engagements internationaux dans les politiques nationales.

Sur le plan national, le cadre réglementaire couvre plusieurs secteurs : agriculture, foncier, pêche et sécurité sanitaire des aliments. La loi sur le domaine national de 1964 et la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale de 2004 figurent parmi les textes majeurs.

Agriculture, foncier et pêche sous tension

Les difficultés ne sont toutefois pas uniquement juridiques. Dans l’agriculture, la forte dépendance aux pluies, le déficit de semences de qualité et les tensions autour de l’accès aux terres constituent des obstacles importants.

L’élevage fait face au manque d’infrastructures et à une pression croissante sur le foncier. Dans la pêche, les faiblesses de gouvernance et le contrôle insuffisant des activités illicites restent préoccupants.

La sécurité sanitaire des aliments constitue également un défi, notamment dans les circuits informels qui occupent une place importante dans l’approvisionnement des populations.

Un système institutionnel dense, mais dispersé

Le Sénégal dispose pourtant de nombreux acteurs mobilisés sur ces questions. Ministères, organismes nationaux, organisations internationales et structures régionales interviennent dans les domaines de l’agriculture, de la nutrition, de la santé, de l’environnement ou encore de la pêche.

Cette diversité constitue un atout, mais peut aussi compliquer la coordination des politiques publiques.

Le pays dispose par ailleurs de plusieurs stratégies, dont la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et de résilience, le Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture et la Politique nationale de développement de la nutrition.

Le rapport appelle à changer de trajectoire

Pour renforcer durablement la résilience alimentaire, les auteurs recommandent notamment de réformer la gouvernance foncière, de renforcer la gestion des ressources halieutiques et de développer davantage l’agriculture irriguée et biologique.

Ils plaident également pour une implication accrue des universités et de la recherche dans la recherche de solutions adaptées aux réalités locales. Le rapport recommande également de promouvoir davantage la consommation de produits locaux et valoriser des ressources à forte valeur nutritionnelle comme le moringa et la spiruline.

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La Rédaction

By Jupiter

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