À Cotonou, la question des menstruations sort progressivement du silence. Journalistes, blogueurs, caricaturistes et créateurs de contenu ont été mobilisés autour du concours « Médias engagés pour la SDJM », une initiative portée par le consortium « RÈGLE MOI ÇA » et mise en œuvre par l’ONG Héroïnes d’Aujourd’hui, avec le soutien de l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB).
L’initiative veut faire de la Santé, de la Dignité et de la Justice Menstruelle (SDJM) un véritable enjeu de société au Bénin.
Briser le silence pour changer les mentalités
La cérémonie de remise des prix, organisée le mercredi 9 septembre 2026, a mis en lumière plusieurs productions consacrées à la gestion de l’hygiène menstruelle. Au-delà de la distribution de kits, les organisateurs veulent surtout s’attaquer aux tabous, aux préjugés et aux difficultés socioculturelles qui entourent encore les règles. « Aucune femme, aucune jeune fille ne devrait voir son potentiel bridé, sa scolarité interrompue ou sa dignité piétinée en raison d’un phénomène naturel et biologique », a déclaré Nadège Bignon Anago, présidente de l’ONG Héroïnes d’Aujourd’hui.

Pour elle, l’enjeu dépasse la seule question de l’accès aux protections hygiéniques. Il s’agit également de déconstruire les idées reçues au sein des familles, des établissements scolaires et des communautés. La sensibilisation doit aussi permettre aux hommes, notamment les pères et les conjoints, de mieux comprendre une réalité souvent entourée de gêne et de silence.
La presse appelée à jouer un rôle de premier plan
Face à ces défis, les promoteurs du concours misent sur la capacité des médias à faire évoluer les perceptions. Le consortium « RÈGLE MOI ÇA » et l’ONG Héroïnes d’Aujourd’hui ont ainsi choisi d’impliquer directement les professionnels de l’information et les acteurs du numérique.
L’UPMB entend accompagner cette dynamique. « Les médias ne doivent pas être de simples spectateurs, mais des acteurs engagés du développement humain et de la justice sociale », a souligné Benoît Houandja, secrétaire général de l’UPMB.
À travers cette implication, la faîtière de la presse béninoise entend également encourager une couverture plus professionnelle des questions liées à la santé, au genre et aux droits des femmes, tout en contribuant à lutter contre la désinformation.
Journalistes et créateurs face aux tabous
Le concours a réuni des profils issus de la presse écrite et audiovisuelle, mais aussi des blogueurs, créateurs de contenu et caricaturistes. Chacun a abordé la question menstruelle selon son propre langage : investigation, sensibilisation, plaidoyer numérique ou encore satire.
Les productions ont été examinées par un jury présidé par le Dr Tanguy Agoi, président de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique dans les Médias (ODEM). Les critères d’évaluation ont notamment porté sur la pertinence des contenus, le respect des principes éthiques et leur potentiel d’impact social.
Parmi les œuvres distinguées, certaines ont mis en évidence le lien entre menstruations, accès au savoir et maintien des filles à l’école. D’autres ont choisi de s’attaquer directement aux mythes et croyances entourant les règles, en confrontant les pratiques socioculturelles aux connaissances biologiques et aux normes internationales.
Des ambassadeurs pour prolonger le combat
Pour les organisateurs, le concours ne constitue pas une finalité. Les lauréats sont désormais appelés à devenir des relais de la Santé, de la Dignité et de la Justice Menstruelle dans leurs productions.
L’objectif est de faire des menstruations un sujet régulier dans les médias et sur les plateformes numériques, afin que les règles ne soient plus perçues comme un sujet honteux ou tabou, mais comme une question de santé, de dignité et de justice sociale.
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La Rédaction
