L’Union africaine s’apprête à lancer officiellement l’African Credit Rating Agency (AfCRA), le 7 octobre 2026 à Maurice. Présentée comme une réponse aux critiques sur l’évaluation du risque africain, la nouvelle agence devra désormais convaincre les marchés de son indépendance et de la solidité de ses méthodologies.
L’Afrique veut reprendre la main sur l’évaluation de son risque financier. L’Union africaine annonce le lancement officiel, le 7 octobre à Maurice, de l’African Credit Rating Agency (AfCRA), une agence appelée à produire des notations souveraines et d’entreprises adaptées aux réalités économiques du continent.
Le choix de Maurice comme siège marque une étape importante du projet. Port-Louis a été retenue comme juridiction principale à l’issue d’un processus conduit sous l’égide du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP). En février, l’Union africaine avait confirmé la sélection de l’île et invité d’autres pays à proposer des juridictions pour accueillir de futures implantations régionales.
Réduire le coût du risque africain
Le projet part d’un constat régulièrement avancé par plusieurs responsables africains : les méthodes utilisées par les grandes agences internationales de notation, notamment Fitch, Moody’s et S&P, ne prendraient pas toujours suffisamment en compte les spécificités des économies africaines.
Selon le PNUD, certains États africains empruntent à des coûts pouvant atteindre quatre fois ceux de pays comparables dans d’autres régions. L’organisation estime qu’une amélioration des méthodologies et de la qualité des notations pourrait permettre de réduire les coûts d’emprunt de 50 à 100 points de base, avec jusqu’à 5 milliards de dollars d’économies annuelles pour les États africains.
AfCRA entend ainsi proposer une lecture différente du risque, fondée sur des données et des réalités économiques propres au continent.
La transparence, autre défi majeur
Mais la création de cette nouvelle agence ne suffira pas, à elle seule, à modifier la perception du risque africain. La qualité des statistiques publiques, la transparence financière et la disponibilité des données restent également des enjeux importants dans plusieurs pays.
Le MAEP a déjà relevé certaines de ces difficultés dans ses travaux. AfCRA pourrait donc jouer un rôle qui dépasse la simple concurrence avec les grandes agences internationales : améliorer la production et la disponibilité de l’information financière africaine et contribuer à une meilleure compréhension des économies du continent.
L’enjeu sera toutefois de préserver son indépendance. L’Union africaine affirme ne pas vouloir créer une agence chargée de distribuer de meilleures notes aux États africains. Le dispositif prévoit une structure détenue par des intérêts africains, mais pilotée par le secteur privé et dotée d’une gouvernance indépendante des gouvernements.
Face à Fitch, Moody’s et S&P, la crédibilité sera décisive
AfCRA devra également être enregistrée et agréée par la Financial Services Commission de Maurice. Des démarches sont par ailleurs engagées pour identifier d’autres juridictions susceptibles d’accueillir des implantations régionales.
Après le lancement viendra surtout l’épreuve des marchés. Pour s’imposer face à Fitch, Moody’s et S&P, AfCRA devra démontrer que ses méthodes sont suffisamment robustes, transparentes et crédibles pour être prises en compte par les investisseurs, les banques et les gestionnaires d’actifs.
Son véritable défi sera aussi politique. Il s’agira de conserver son indépendance lorsque ses analyses conduiront, le cas échéant, à attribuer une mauvaise note à un État africain.
Le lancement de l’AfCRA constitue ainsi un projet de souveraineté financière. Mais sa réussite ne se mesurera pas au symbole de sa création. Elle dépendra de sa capacité à gagner la confiance des marchés et à faire de la notation du risque africain un exercice davantage fondé sur des données, des méthodologies crédibles et une réelle indépendance.
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La Rédaction
