À quelques semaines du lancement de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, plusieurs télévisions publiques et privées d’Afrique subsaharienne francophone contestent les conditions proposées pour l’acquisition des droits de diffusion du tournoi. Dans une lettre adressée au président de la CAF, Patrice Motsepe, elles dénoncent une situation qu’elles estiment défavorable et difficilement justifiable auprès de leurs millions de téléspectateurs.
Des droits TV perçus comme défavorables aux chaînes francophones
D’après la correspondance datée du 10 au 12 novembre 2025, les médias francophones ne se verraient attribuer que 33 matchs sur les 52 que compte la compétition. À l’inverse, des télévisions publiques anglophones ainsi qu’un opérateur de télévision payante non africain auraient accès à la totalité des rencontres. Pour les signataires, cette répartition crée une injustice manifeste qu’il serait compliqué d’expliquer aux autorités et au grand public.

Un enjeu d’équité et de souveraineté médiatique
Les chaînes signataires rappellent que la CAN est non seulement un rendez-vous sportif majeur, mais aussi un moment d’unité et de fierté pour les peuples africains. Elles soulignent que les équipes nationales participant à la compétition sont financées par les États, ce qui rend indispensable une diffusion accessible et gratuite. Elles estiment que les conditions actuelles avantagent un acteur non africain et menacent de priver les populations les moins aisées d’un accès complet à l’événement.
Un appel à une diffusion équitable et réellement populaire
Les télévisions francophones appellent Patrice Motsepe et la CAF à revoir les conditions d’attribution pour garantir une diffusion équitable, populaire et conforme aux intérêts du public africain. Elles demandent que la visibilité de la CAN demeure un bien partagé et accessible sur l’ensemble du continent, en particulier via les chaînes nationales.
Une action collective de grands médias africains
La lettre est notamment cosignée par des représentants de la RTS du Sénégal, la RTI et la NCI de Côte d’Ivoire, la CRTV du Cameroun, l’ORTM du Mali, l’ORTN du Niger, la RTB du Burkina Faso, la RTG de Guinée, la GGT du Gabon et l’ONAMA du Tchad. Tous réaffirment leur volonté de défendre l’intérêt du public et le droit à un accès total à la plus prestigieuse compétition sportive du continent.
Ci-dessous la lettre relayée par fratmat info
Collectif des Chaines de Télévision nationales d’Afrique subsaharienne francophone
Monsieur Patrice Motsepe
Président
Confédération Africaine de Football
Le Caire
Objet : Dénonciation des télévisions nationales d’Afrique francophone au sud du
Sahara concernant les conditions d’acquisition des droits de retransmission de la CAN 2025
Monsieur le Président,
Nous vous adressons cette correspondance au nom des télévisions nationales publiques et privées d’Afrique subsaharienne francophone, afin de vous faire part de nos vives préoccupations concernant les conditions d’acquisition des droits de retransmission de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025). Ces dernières se voient proposer seulement 33 matchs, au moment où les télévisions publiques de l’Afrique Anglophone et un opérateur de télévisions payantes non africain reçoivent l’intégralité des 52 matchs de la compétition. Nous avons du mal à expliquer cela à nos autorités et à la population.
Monsieur le Président,
Il est important de rappeler que la CAN est bien plus qu’un simple tournoi sportif. C’est une fête continentale, un moment de communion, de fierté et d’unité africaine. C’est un événement qui rassemble les peuples africains autour de leurs équipes nationales, lesquelles sont financées dans leur très grande majorité par les États africains qui ont toujours payé le prix fort pour faire de la CAN un évènement de rassemblement et de partage.
C’est pourquoi nous ne comprenons pas la politique actuelle qui tend à privilégier un opérateur non africain de télévision payante sur le territoire d’Afrique francophone au détriment des chaînes nationales publiques, gratuites et accessibles à nos populations.
Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle ne concerne pas les télévisions des pays anglophones et lusophones, ce qui laisse à penser qu’elle est faite uniquement pour contenter l’opérateur payant dominant exerçant sur le territoire d’Afrique subsaharienne francophone.
Nous venons donc, par la présente, dénoncer cette orientation stratégique qui risque de priver une grande partie des populations africaines, notamment les plus défavorisées, du droit fondamental d’accéder entièrement et gratuitement à leur propre patrimoine sportif et culturel. Pourtant, autant les infrastructures d’accueil de la compétition que les équipes nationales qui participent appartiennent à ces peuples et sont financées au prix fort par nos États et donc par le contribuable africain.
Nous en appelons à votre leadership, à votre sens de l’équité, et à votre engagement en faveur de l’inclusion sociale, afin que la CAN 2025 reste un événement réellement africain, populaire et accessible entièrement à tous.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.
Pape Alle NIANG (RTS, Senegal)
Jean Martial ADOU (RTI, Côte d’Ivoire)
Loic NGOUAYIT-KOUNDA (GGT, Gabon
PIE Martial ONGONO (CRTV, Cameroun)
Hassane DIOMBELE (ORTM, Mali)
Boukar SANDA (Office National des Médias Audiovisuels,Tchad)
Ange Fabien GUEI (NCI, Côte d’Ivoire) Ateridar Galip SOME (RTB, Burkina Faso)
Abdoulaye Coulibaly (ORTN, Niger)
Makeme BAMBA (RTG, Guinee)
La Rédaction
