(« Toutes les parties du corps seront en repos, mais le nez sera toujours en besogne.»)
J’aime le signe révélé par le Tofa 2026 opéré par le Comité des Rites Vodun du Bénin présidé par le Professeur Mahougnon Kakpo. J’écrivis hier que j’apprécie le choix fait par son Excellence Monsieur le Président Patrice Talon de suivre les pas de Nicéphore Soglo. Je me fus dit que tout le monde comprendrait que je sous-entendis que Talon réussit et continue les actions cultu(r)elles de Soglo en ce qui concerne le respect des Ancêtres en célébrant les religions authentiquement béninoises dont le siège mondial se trouve au Bénin ou non loin.
Il faut faire remarquer que depuis Soglo, il y a eu moins d’enthousiasme au sommet de l’État pour fêter les 10 janvier dont certains compatriotes auraient honte parce que célébration des religions sataniques, leur a-t-on certifié. De fait, la réflexion décomplexée et risquée de Talon qui l’a amené à revendiquer cet héritage incompris de Soglo pour en proposer une place plus méritée me réjouit et devrait réjouir tous ceux qui se souviennent de la sémiotique de leur nom de famille africaine, de leur ADN africain (je porte Barnabé dans mon patronyme comme un échec et une présence impérialiste). Thanguy Agoï me souffla dans une interview d’août 2025 que je dois être content de ce choix du Gouvernement. Je lui expliquai qu’on pouvait mieux. Il me revient, ici, de rappeler que, même si nous pouvions mieux pour célébrer la Sagesse de nos Ancêtres, il faut reconnaître, avec fierté, que le festival Vodun Days est un succès touristique, artistique, cultuel voire socioéconomique et politique qu’il faut applaudir non seulement avec les mains mais aussi avec les pieds : le Gouvernement de Talon a réussi à vulgariser le Vodun, ses bienfaits surtout, tout en conservant sa sacralité.

Certes je suis enseignant et j’aurais aimé qu’on jetât un regard analogue au système éducatif pour que, fatigués d’espérer un recrutement légitime dans notre pays, les cerveaux ne fuissent pas pour aller chercher le mieux-être ailleurs – ce qui est davantage tragique est que même recrutés, certains démissionnent et partent quand même ! J’aurais aimé qu’on chérît nos enseignants pour qu’ils ne vissent plus ailleurs, qu’on construisît des écoles et universités modernes pour notre système éducatif, tout au moins, pour nos apprenants les plus brillants, car ce sera grâce à eux qu’on dînera avec les pays aux brevets industriels et technologiques éclatants ! On ne va quand même pas passer toute notre vie à chanter, à danser, à rire ou à pleurer !
Toutefois je dis que je suis ravi du signe Loso Sa car ce signe insiste sur la méritocratie et non sur la kakistocratie. Pour avoir le pain et la paix, on ne doit pas croiser les bras ni passer le temps à prier ni à ruser ! Nous devons être comme le nez (perpétuellement en train de travailler) et non comme la bouche (juste pour manger comme un animal ou bavarder à perdre le temps). Pour avoir le pain et la paix, on doit travailler, on doit travailler plus qu’il en faut et cesser de rêver de jouir ici et maintenant ! Il nous faut nous sacrifier pour nos enfants ! Et il faut que chacun reste dans son domaine en respectant l’autre et son travail. Il faut qu’on arrive à se convaincre que tout le pays ne doit pas être rempli d’hommes politiciens, prêts à se tailler la part du lion au détriment de la véritable population active.
De fait, je donne à lire les leçons que Basile Adjou-Moumouni (Le code de vie du primitif, Sagesse africaine selon Ifa, Tome 2, Cotonou, Ruisseaux d’Afrique, 2017, pp.100-102) tire de ce signe Loso Sa à l’endroit de chaque citoyen :
a) « Il y a des gens qui viennent dans ce monde et qui, comme le nez, ne connaitront pas de repos. Le nez travaille : il envoie l’air vers les poumons et le fait sortir sans éprouver de la peine. Ceux qui sont dotés d’énergie apparemment inépuisable, doivent se sentir heureux et orienter leurs activités de façon à en tirer bonheur et peut-être fortune.
b) Celui que le destin prédispose à faire fortune par le commerce doit se contenter des fruits que les échanges commerciaux lui rapportent. Elègba adigbon, le héros de cette légende, n’a pas donné de signe de souffrance ou d’appauvrissement tant qu’il s’était contenté d’acheter et revendre.
c) Méfions-nous de courir vers l’acquisition de fortune qui ne soit pas soutenue par un travail, un effort, un métier. Lorsque cela se produit, il est rare de savoir comment utiliser une telle fortune et la faire fructifier. Elègba adigbon a dû recourir au service de Babalao pour rendre effective la fortune qui, pourtant, lui était virtuellement destinée. Tout s’apprend et tout se mérite. »
En espérant que le prochain Président de la République continue et améliore ce legs de Talon, voici une question dont je souhaiterais la réponse en commentaire : puisque toutes les grandes Nations ont leur religion d’État (la Chine et l’Inde ont leur religion au sommet de l’État, les USA ont leur religion au sommet de l’État, l’Arabie Saoudite et l’Italie ont leur religion au sommet de l’État…), trouverez-vous d’inconvénient à ce qu’un jour, on en arrive à faire du Vodun une religion d’État : cela ne participera-t-il pas de notre véritable identité, sans hypocrisie ni mensonge pour rejoindre l'égrégore de nos Ancêtres ou pour qu’on puisse aller consulter le Fa en plein jour sans attendre la nuit... ?
Daté Atavito Barnabé-Akayi.
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