Le signal est préoccupant. Selon le classement 2026 publié par Reporters sans frontières, le Bénin chute à la 113ᵉ place sur 180 pays, perdant 21 rangs en un an. Le score global passe de 54,60 en 2025 à 47,39 en 2026, traduisant une détérioration marquée de l’environnement médiatique.
Cette baisse s’observe à travers plusieurs indicateurs, notamment économiques, politiques et sécuritaires, qui reflètent un cadre de plus en plus contraignant pour les journalistes. Pourtant, le pays conserve un paysage médiatique dense, avec plusieurs centaines de médias, dominés par la radio, principal canal d’information des populations.
Mais derrière cette diversité, les fragilités sont profondes. Le secteur souffre d’un manque de viabilité économique, accentué par la faiblesse du marché publicitaire et une dépendance aux ressources étatiques, ce qui limite l’indépendance éditoriale. Dans le même temps, les pressions politiques se renforcent. L’influence de l’exécutif sur les organes de régulation, notamment la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication, et sur les médias publics regroupés au sein de la Société de radio et de télévision du Bénin contribue à restreindre la liberté de ton.
Sur le plan légal, bien que la Constitution et les textes encadrant la presse garantissent des libertés fondamentales, leur application reste inégale. Le recours au Code du numérique pour poursuivre certains journalistes, notamment pour diffusion présumée de fausses informations, illustre un usage controversé du cadre juridique.
À ces contraintes s’ajoutent des conditions de travail précaires pour de nombreux professionnels des médias, fragilisant leur indépendance, ainsi qu’un climat sécuritaire tendu, en particulier dans le nord du pays. Les arrestations, convocations ou pressions judiciaires, notamment devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme, participent à un environnement de plus en plus restrictif.
Longtemps salué pour sa tradition de liberté d’expression, le Bénin fait aujourd’hui face à un tournant. Ce recul dans le classement de RSF sonne comme un avertissement : sans réformes structurelles et garanties effectives, l’espace médiatique risque de continuer à se réduire, avec des conséquences directes sur la vitalité démocratique du pays.
Rejoignez nous sur Whatsapp
https://whatsapp.com/channel/0029Vary7ry96H4T5J95FD3z
La Rédaction
