Quelques mois après l’arrestation de Steve Amoussou au Togo en août 2024, une étude scientifique publiée au Bénin s’intéressait déjà en profondeur au phénomène « Frère Hounvi ». Publiée le 29 décembre 2024 par Jupiter Info, cette recherche de l’Observatoire des Sciences de l’Information et de la Communication (ObSIC) ne cherchait pas à établir l’identité du chroniqueur anonyme, mais à comprendre les mécanismes qui lui avaient permis de construire une forte influence dans l’espace numérique béninois. Alors que Steve Amoussou doit recouvrer sa liberté ce jeudi 20 août 2026 après avoir purgé sa peine, cette étude prend une résonance particulière.

Le nom de « Frère Hounvi » est désormais indissociable de l’affaire Steve Amoussou. Depuis l’arrestation de ce dernier au Togo en août 2024, la justice béninoise le présente comme le supposé auteur des chroniques diffusées sous ce pseudonyme. Mais quelques mois après cette arrestation, un autre regard était porté sur le mystérieux chroniqueur. Non pas celui de la justice, mais celui de la recherche scientifique.

Le 29 décembre 2024, Jupiter Info publiait une étude de l’Observatoire des Sciences de l’Information et de la Communication (ObSIC) consacrée aux discours numériques de « Frère Hounvi ». Un travail universitaire qui permet aujourd’hui de revenir sur les ressorts de la communication de ce personnage masqué, au moment où Steve Amoussou s’apprête à sortir de prison.

Une étude publiée en pleine affaire judiciaire

L’étude, publiée dans le troisième numéro de la revue scientifique MINERVA NAUKA.KOM, porte un titre évocateur : « Discours numériques et séduction de l’e-espace public : analyse de cas du chroniqueur masqué “Frère Hounvi” au Bénin ».

Elle est le fruit d’une recherche collaborative menée par Yannick Tchango, attaché de recherche à l’ObSIC, le Dr Wenceslas Mahoussi, maître-assistant du CAMES et enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, ainsi qu’Eugène Allossoukpo, docteur en information, communication et médias.

Faut-il le préciser, cette étude ne visait pas à démontrer que Steve Amoussou était « Frère Hounvi ». Elle s’intéressait au personnage en tant que phénomène de communication numérique. À la date de publication de l’article de Jupiter Info, l’affaire judiciaire était déjà engagée. Steve Amoussou avait été arrêté au Togo en août 2024 puis transféré au Bénin. La justice béninoise le poursuivait notamment pour des faits liés aux contenus attribués à « Frère Hounvi ».

Les chercheurs, eux, posaient une autre question, celle de savoir  comment ce chroniqueur anonyme était-il parvenu à capter, puis à maintenir, l’attention d’un public important sur les réseaux sociaux ?

Comment « Frère Hounvi » construisait son influence

L’objectif de l’étude était précisément d’identifier les plateformes utilisées par le chroniqueur, de comprendre les motivations de ses abonnés et d’analyser les stratégies discursives permettant de fidéliser son audience. Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont suivi les interactions sur les différents canaux numériques utilisés par « Frère Hounvi ».

Ils ont notamment identifié Facebook, WhatsApp et YouTube comme des plateformes importantes dans sa stratégie de diffusion. Le corpus scientifique reposait sur six chroniques sélectionnées aléatoirement parmi 170 disponibles sur Facebook. Ces contenus ont été codifiés, audités et transcrits afin de constituer la matière nécessaire à l’analyse.

En parallèle, les chercheurs ont interrogé un échantillon de 100 abonnés via Messenger. 80 personnes ont répondu au questionnaire, soit un taux de réponse de 80 %. L’analyse s’est appuyée notamment sur la théorie des médias sociaux de Kaplan et Haenlein ainsi que sur les techniques de persuasion développées par Robert Cialdini.

Une communication fondée sur plusieurs ressorts de persuasion

L’un des principaux enseignements de l’étude réside dans l’identification de plusieurs mécanismes utilisés par le chroniqueur pour susciter l’intérêt de son public. Les chercheurs ont relevé les ressorts de réciprocité, de rareté, de sympathie, de preuve sociale, d’engagement, de cohérence et d’autorité. Cette construction de la communication permettait à « Frère Hounvi » de ne pas simplement publier des critiques, mais de développer progressivement une relation avec son audience. Le langage utilisé jouait également un rôle central.

Selon l’étude, le chroniqueur employait un discours soutenu, susceptible notamment de toucher les élites et les leaders d’opinion. Mais cette dimension n’empêchait pas ses contenus de rester accessibles à une audience plus large grâce à l’humour, à la dérision et à des références familières au public béninois.

Critique politique, humour et dérision

C’est l’une des particularités relevées par les chercheurs. Le discours de « Frère Hounvi » combinait critique sociale, humour, dérision et références culturelles et politiques. Cette capacité à passer d’un registre sérieux à un registre satirique contribuait à rendre les chroniques plus attractives et à favoriser leur appropriation par le public.

L’étude relevait également une articulation entre le local et le global, la tradition et la modernité. Un mélange qui, selon les auteurs, permettait au chroniqueur de toucher une partie importante de la population béninoise, notamment les jeunes. Ainsi, derrière l’apparente spontanéité de certaines chroniques se dessinait-elle  une véritable stratégie de communication.

Découvrez ci-dessous l’article

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La Rédaction

By Jupiter

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