Un rapport publié ce mercredi 2 septembre 2026 par Human Rights Watch indique que les autorités tunisiennes intensifient depuis 2024 la pression sur les organisations de la société civile, menaçant l’espace civique né après la révolution de 2011.
Selon HRW, la répression vise aussi bien des associations locales qu’internationales, ainsi que leurs salariés, membres et partenaires. Le rapport décrit une stratégie mêlant poursuites abusives, restrictions bancaires et menaces de dissolution, qui aurait déjà poussé de nombreuses organisations à suspendre ou à arrêter leurs activités.
HRW soutient qu’au moins 47 personnes liées à des ONG ont été poursuivies, qu’au moins 14 ont été condamnées à des peines de prison et qu’au moins 10 ont été placées en détention préventive pendant plus de 14 mois, au-delà de la durée maximale prévue par le droit tunisien. L’organisation estime que cette politique revient à “fermer” progressivement la société civile tunisienne.
Les organisations ciblées
Le rapport cite plusieurs dossiers emblématiques, notamment celui du Conseil tunisien pour les réfugiés, dont des responsables ont été arrêtés en 2024 puis condamnés en 2025 et 2026, ainsi que celui de Terre d’asile Tunisie, visée dans le cadre d’affaires liées à l’aide aux migrants et réfugiés. HRW mentionne aussi le cas de l’association Mnemty, engagée contre le racisme, et celui de Saadia Mosbah, condamnée à huit ans de prison dans une affaire de financement que l’ONG juge abusive.
L’organisation affirme que les autorités ont utilisé des textes sur le passeport, les étrangers, le contre-terrorisme et le blanchiment pour poursuivre des acteurs de la société civile au lieu de sanctions administratives ou judiciaires proportionnées. Elle critique également les suspensions d’associations ordonnées par la justice et les restrictions bancaires qui ont paralysé certaines structures.
HRW demande à Tunis de mettre fin aux arrestations arbitraires, aux enquêtes punitives et aux poursuites liées au travail associatif, et de libérer les personnes détenues pour leurs activités pacifiques. L’ONG appelle aussi à retirer les projets de réforme qui renforceraient le contrôle de l’État sur les associations.
Dans un entretien accordé à DW, un responsable de HRW a résumé la situation en affirmant que les autorités “abusent de tous les moyens à leur disposition pour fermer l’espace de la société civile en Tunisie”. Le rapport s’inscrit dans une série d’alertes déjà émises par l’organisation sur la dégradation des libertés publiques dans le pays.
Depuis la prise de pouvoir de Kaïs Saïed en 2021, Tunis a concentré davantage de pouvoirs entre les mains de l’exécutif et réduit l’indépendance du judiciaire, selon HRW. L’organisation estime que la campagne actuelle contre la société civile s’inscrit dans cette trajectoire plus large de recul démocratique.
Le rapport rappelle que la société civile tunisienne s’était fortement développée après 2011, avec des milliers d’associations actives dans des domaines allant de l’aide humanitaire à la défense des droits humains. HRW avertit que sa fragilisation menace directement les mécanismes de contrôle citoyen et d’assistance aux populations vulnérables.
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Brunelle Tchobo
