Face à la vitesse à laquelle circulent les fausses informations, la vérification manuelle peut rapidement être dépassée. L’intelligence artificielle apparaît alors comme un outil précieux pour analyser des textes, examiner des images ou retrouver l’origine d’un contenu. Mais peut-on réellement lui confier la décision finale ? Le 20ᵉ webinaire du projet « Ma Voix Compte : Protéger et amplifier la voix des jeunes sur Internet » a précisément mis en lumière les possibilités et les limites de l’IA dans la surveillance citoyenne.

Organisée par l’ONG Amicale Pour le Développement Durable (APDD), la séance s’est tenue le lundi 14 septembre 2026, de 20h à 22h, sur Google Meet. Elle a réuni 16 participants autour de Jean-Luc ALLABI, expert intervenant, sous la modération de Faïssol ADENIRAN, expert en liberté d’expression et droit du numérique.

Quand les infox vont plus vite que la vérification

Le webinaire est parti d’un constat : une infox peut être créée, diffusée et amplifiée très rapidement sur les réseaux sociaux et les messageries.

Dans ce processus, un contenu falsifié, texte, image ou voix générée ou modifiée par IA peut rapidement atteindre un grand nombre d’utilisateurs. Les algorithmes et la multiplication des partages peuvent ensuite contribuer à son amplification.

Face à cette rapidité, la vérification classique peut prendre du retard. C’est dans ce contexte que l’intelligence artificielle peut apporter une assistance aux veilleurs citoyens, en accélérant certaines étapes de recherche et d’analyse.

Mais l’objectif n’est pas de remplacer le vérificateur humain. Il s’agit plutôt de lui permettre de travailler plus rapidement et de disposer de davantage d’éléments pour examiner un contenu douteux.

Trois façons dont l’IA peut aider à vérifier une information

Au cours de son intervention, Jean-Luc ALLABI a présenté trois grandes familles d’utilisation de l’intelligence artificielle dans la détection des contenus falsifiés.

La première concerne l’analyse de texte. Certains outils peuvent examiner la formulation, le vocabulaire ou certaines incohérences d’un contenu et fournir des indications sur sa nature ou son éventuelle génération par une IA.

La deuxième porte sur l’analyse d’images. Des outils spécialisés peuvent rechercher des traces de modification ou certains éléments susceptibles de signaler une manipulation.

La troisième repose sur la recherche inversée, qui permet de rechercher où une image ou un contenu visuel a déjà été publié afin de retrouver des éléments sur son origine et son contexte.

À ces outils s’ajoutent les moteurs de fact-checking, les bases de données collaboratives et les assistants conversationnels, qui peuvent notamment aider à contextualiser une affirmation ou à orienter les recherches.

Attention aux faux résultats

Si l’IA peut faciliter la vérification, elle peut également produire des résultats erronés.

L’expert a notamment insisté sur trois limites dont les biais des modèles, les faux positifs et les faux négatifs. Un outil peut ainsi signaler à tort un contenu authentique ou, à l’inverse, ne pas détecter une manipulation réelle. Les résultats obtenus doivent donc être considérés comme des éléments d’analyse et non comme une vérité définitive.

Cette limite est particulièrement importante lorsqu’il s’agit de contenus sensibles ou susceptibles d’avoir des conséquences pour les personnes concernées.

Le citoyen reste au centre de la vérification

Pour Jean-Luc ALLABI, l’utilisation des outils numériques doit donc s’inscrire dans une démarche plus large. L’IA peut aider à rechercher, comparer et analyser, mais la décision finale nécessite toujours une vérification humaine et une analyse du contexte.

Cette approche rejoint l’un des principes centraux de la surveillance citoyenne présentée durant la séance qui consiste à vérifier les faits sans transformer la veille en censure.

Le veilleur doit notamment conserver une démarche neutre, expliquer sa méthode, identifier ses sources et respecter la vie privée. L’utilisation d’un outil technologique ne dispense donc pas de ces exigences.

Une grille de vérification pour ne pas se laisser guider par l’outil

Pour rendre cette démarche plus concrète, l’expert a proposé une grille de vérification citoyenne articulée autour de six questions.

La source est-elle identifiable et fiable ?
La date et le contexte correspondent-ils aux faits présentés ?
L’image ou la vidéo a-t-elle déjà été publiée ailleurs ?
Un outil d’IA apporte-t-il des éléments permettant de confirmer ou de remettre en question le contenu ?
D’autres médias indépendants rapportent-ils la même information ?
Et surtout : suis-je en train de partager sous le coup de l’émotion ?

Cette dernière question rappelle que la technologie ne suffit pas. Même avec les meilleurs outils disponibles, un utilisateur peut toujours être tenté de partager immédiatement une information qui provoque une forte réaction.

Devenir veilleur plutôt que simple relais

Le webinaire a également proposé une évolution de posture : passer du récepteur passif au veilleur citoyen actif.

Le premier reçoit une information, la consomme et peut la repartager sans effectuer de vérification. Le second s’interroge sur la source, le contexte et les preuves disponibles avant de transmettre l’information à son tour.

Cette surveillance citoyenne doit toutefois rester volontaire, transparente et respectueuse du pluralisme et de la vie privée. Elle vise à documenter et vérifier les faits, et non à faire taire les opinions.

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La Rédaction

By Jupiter

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