Face à la montée des fausses informations, des deepfakes et des rumeurs qui circulent à grande vitesse sur les réseaux sociaux, l’éducation aux médias et à l’information (EMI) apparaît comme une nouvelle ligne de défense en Afrique francophone. Une étude menée au Cameroun, au Tchad, en République centrafricaine, au Burundi et au Togo montre que les formations peuvent réellement modifier les comportements des citoyens. Mais elle alerte aussi sur une faiblesse majeure. Sans financement durable et sans suivi dans le temps, ces progrès restent fragiles.

La bataille contre la désinformation ne se joue plus seulement derrière les écrans. Elle se joue désormais dans les salles de classe, les associations, les radios communautaires et jusque dans les conversations familiales.

En Afrique francophone, cinq pays particulièrement exposés aux tensions politiques et aux manipulations informationnelles ont servi de terrain à une expérience grandeur nature. Cameroun, Tchad, République centrafricaine, Burundi et Togo ont connu en 2025 des échéances électorales dans des contextes parfois sensibles. Sur les réseaux sociaux, les fausses informations, les rumeurs et les contenus manipulés ont accompagné ces périodes de forte tension.

L’apparition massive des hypertrucages, ou deepfakes, a encore compliqué la situation. Au Cameroun notamment, des contenus manipulés ont circulé dans un contexte politique et sécuritaire déjà tendu.

Face à cette nouvelle réalité, une question s’impose : peut-on réellement apprendre aux citoyens à ne plus tomber dans le piège des fake news ? Une étude publiée en août 2026 apporte des éléments de réponse.

286 personnes pour mesurer l’effet de la formation

Le rapport a été réalisé par le GRIP et l’ONG camerounaise Éduk-Média, avec le soutien de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dans le cadre du projet « Étudier et éduquer : bâtir nos défenses informationnelles ».

Les chercheurs se sont appuyés sur 286 questionnaires exploitables, complétés par une dizaine d’entretiens qualitatifs. L’objectif était de mesurer ce que l’éducation aux médias et à l’information change concrètement chez les personnes formées.

Et les premiers résultats sont plutôt encourageants. Avant les formations, 37 % des participants déclaraient avoir une compréhension faible ou quasi inexistante de l’EMI. Après les sessions, ils étaient 60 % à se considérer comme bien informés sur le sujet.

Plus frappant encore, 81 % affirmaient être davantage sensibilisés à l’importance de l’éducation aux médias et à l’information. Une progression qui ne signifie pas que la désinformation a été vaincue. Elle montre plutôt que les citoyens peuvent acquérir des réflexes pour mieux résister à la manipulation.

De « je vois » à « je vérifie »

C’est probablement l’un des enseignements les plus importants du rapport. La formation ne semble pas seulement avoir amélioré les connaissances théoriques. Elle a également modifié certains comportements. 86 % des personnes interrogées affirment désormais vérifier systématiquement une information avant de la partager.

Dans des environnements numériques où une rumeur peut être transférée en quelques secondes à plusieurs dizaines de personnes sur WhatsApp ou diffusée à grande échelle sur TikTok, ce changement de réflexe est loin d’être anodin.

Au total, 59 % des répondants se considèrent désormais capables d’analyser un flux d’information.

Les outils de vérification deviennent des réflexes

L’étude met également en évidence une appropriation progressive d’outils qui restent encore peu connus du grand public. La recherche d’image inversée et des solutions comme InVID-WeVerify ont notamment été utilisées par 126 participants.

Ces outils permettent notamment de vérifier l’origine d’une image, de rechercher ses anciennes occurrences ou encore d’analyser une vidéo suspecte. L’autre indicateur particulièrement intéressant est que 51 % des participants se disent désormais tout à fait capables de corriger une fausse information dans leur entourage.

Selon le rapport, 73 % des participants ont eux-mêmes initié une action de sensibilisation après leur formation. Au total, 274 initiatives concrètes auraient ainsi été mises en œuvre. L’EMI ne serait donc plus seulement une compétence individuelle. Elle pourrait produire un effet d’entraînement.

En République centrafricaine notamment, des formateurs ont pu identifier des discours de haine circulant en ligne et alerter les autorités lors de périodes de tensions communautaires. Certains participants se sont ainsi retrouvés dans une nouvelle position : celle de « sentinelles informationnelles », capables de repérer des contenus potentiellement dangereux avant qu’ils ne contribuent à aggraver une crise.

Mais le modèle reste fragile

Le rapport se veut toutefois prudent. Les résultats reposent en partie sur l’autoévaluation des participants, ce qui peut conduire à surestimer certains progrès. Les échantillons sont également très différents d’un pays à l’autre. Les jeunes, pourtant parmi les plus exposés aux réseaux sociaux, restent sous-représentés dans l’étude.

Surtout, les chercheurs soulignent l’absence de mesure permettant de déterminer avec certitude si les comportements observés se maintiendront plusieurs années après la formation.

Ci-dessous le rapport

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La Rédaction

By Jupiter

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