Au-delà des nouveaux visages, le premier gouvernement de Romuald Wadagni marque une véritable réorganisation stratégique de l’appareil exécutif béninois. Comparée à l’équipe formée en 2021 par Patrice Talon pour son second mandat, la nouvelle architecture gouvernementale révèle plusieurs changements majeurs dont le retour de certains ministères, de nouvelles dénominations, le recentrage des compétences, la montée en puissance du numérique et de l’intelligence artificielle mais aussi la redistribution des cartes entre plusieurs figures connues du régime.

Sous Romuald Wadagni, on note un premier gouvernement plus large et davantage structuré. En effet, le gouvernement Talon II comptait 23 ministres. Celui de Wadagni passe désormais à 24 avec une organisation plus spécialisée sur plusieurs secteurs clés.

L’une des grandes nouveautés du gouvernement Wadagni concerne le ministère de l’Économie numérique et de la Digitalisation, qui devient désormais le ministère de la Transformation Digitale et de l’Innovation, chargé de la stratégie nationale d’intelligence artificielle. Au-delà du simple changement de dénomination, cette évolution traduit la volonté du nouveau pouvoir d’élargir les missions du département aux enjeux de l’innovation technologique et de l’intelligence artificielle. Le portefeuille est confié à Mahuna Akplogan.

Le ministère de la Communication fait également son retour dans l’architecture gouvernementale après avoir disparu sous Talon II en 2021. Désormais confié à Aurélie Adam Soulé Zoumarou, ce portefeuille retrouve une place stratégique au sein de l’exécutif. Un retour perçu comme un signal fort en direction des professionnels des médias au Bénin.

De nouvelles appellations pour refléter de nouvelles priorités

Plusieurs ministères changent également de dénomination, signe d’un repositionnement des priorités gouvernementales. Le ministère du Cadre de vie et du Développement durable devient désormais ministère du Cadre de Vie et des Transports, chargé du Développement Durable. Il est dirigé par Georges Alé.

Le portefeuille du Tourisme, de la Culture et des Arts connaît une profonde reconfiguration dans le gouvernement Wadagni. Le secteur culturel est désormais isolé au sein d’un ministère autonome de la Culture, des Arts et du Patrimoine confié à Yassine Latoundji. De son côté, le tourisme est détaché pour être rattaché à un nouveau grand pôle économique qu’est le ministère du Tourisme et du Commerce Extérieur, en charge de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement privé, piloté par Olushegun Adjadi Bakari. Une restructuration qui montre la volonté du nouveau pouvoir de faire du tourisme un véritable levier économique et d’attractivité pour les investissements.

Dans la veine de restructuration, le ministère des Affaires sociales et de la Microfinance laisse place au ministère de la Famille et de l’Action Sociale, toujours confié à Mme Véronique Tognifodé. La microfinance est quant à elle retirée de ce département pour être désormais rattachée au ministère de l’Économie et des Finances à travers un ministère délégué spécialement chargé des finances et de la microfinance. Le volet formation technique a été retiré au ministère de l’Enseignement secondaire. Il est désormais rattaché au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique confié à Mme Sèdami MEDEGAN FAGLA. Il en est de même pour le volet de la Formation Professionnelle qui est désormais rattaché au ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l’Emploi.

Le grand retour des ministres délégués

Le gouvernement Wadagni marque aussi le retour en force des ministres délégués, particulièrement autour du ministère de l’Économie et des Finances. Trois ministres délégués gravitent désormais autour du puissant pôle financier. Il s’agit du Ministre délégué auprès du Ministre de l’Économie et des Finances, chargé des finances et de la microfinance (MFF), M. Nicolas YENOUSSI ; du Ministre délégué auprès du Ministre de l’Économie et des Finances, chargé du budget et de la fonction publique (MBFP), M. Rodrigue CHAOU et du Ministre délégué auprès du Ministre de l’Économie et des Finances, chargé de la mobilisation des ressources extérieures et de la gestion de la dette (MMG), M. Hugues Oscar LOKOSSOU. Cette structuration traduit une volonté de spécialisation accrue dans la gestion économique et budgétaire de l’État.

Deux autres ministres délégués sont également placés directement auprès du Président de la République. L’un est chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique et l’autre de la Défense nationale.( M. Djibril MAMA CISSE MOUSSA et M. Gildas AGONKAN). Une configuration qui renforce le contrôle présidentiel sur les secteurs régaliens.

Plusieurs ministres reconduits

Comme sous Talon, plusieurs figures restent présentes dans l’équipe gouvernementale, mais avec des repositionnements stratégiques. Yvon Détchénou conserve la Justice, Benjamin Hounkpatin reste à la Santé, Véronique Tognifodé demeure au cœur du dispositif social. Benoît Dato garde les Sports avec une nouvelle branche, celle de l’engagement civique. Shadiya Alimatou Assouman conserve son portefeule de commerce mais cette fois avec une nouvelle dénomination et attribution. Elle est désormais Ministre du Commerce Intérieur, en charge de la formalisation de l’économie (MCI) au lieu de Ministre de l’Industrie et du Commerce.

Certains ont changé de portefeuille

C’est le cas de Aurélie Adam Soulé Zoumarou et de Olushegun Bakari qui quittent respectivement le numérique au profite de la Communication, en charge des Médias (MCM) et les Affaires étrangères pour piloter désormais un vaste ministère économique tourné vers le tourisme, le commerce extérieur, l’industrie et l’investissement privé.

De nouveaux profils technocratiques font leur entrée

Le gouvernement Wadagni se distingue aussi par l’arrivée de plusieurs profils technocratiques et spécialisés. La nomination de Georges Alé symbolise cette orientation. Ancien cadre des géants mondiaux du BTP comme Vinci et Bouygues, il apporte une expertise internationale dans les infrastructures et les grands projets. L’arrivée de Mahuna Akplogan à la tête du numérique et de l’intelligence artificielle illustre également la volonté du nouveau régime d’anticiper les transformations technologiques.

Le nouveau gouvernement fait aussi émerger de nouvelles figures comme Aristide Medenou à l’Économie et aux Finances ; Corinne Amori Brunet aux Affaires étrangères ; Gildas Agonkan à la Défense nationale ; M. Yassine LATOUNDJI au niveau de la Culture, des Arts et du Patrimoine (MCAP) et Mme Sèdami MEDEGAN FAGLA à la tête de l’Enseignement supérieur. On note également l’entrée des figures comme M. Janvier YAHOUEDEOU qui prend la Décentralisation et la Gouvernance Locale ; M. Clément KOUCHADE aux commandes de l’Enseignement secondaire ; M. Adin Yeton BLOUKOUNON GOUBALAN au niveau de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP) ; M. Edouard DAHOME à la tête de l’Énergie, de l’Eau et des Mines (MEEM) et de Mme Awaou BACO pour gérer le ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l’Emploi, en charge de la Formation Professionnelle (MPMEPE).

Le gouvernement Wadagni ne se contente donc pas d’un simple changement de noms. Il redessine en profondeur l’architecture de l’État béninois et révèle les nouvelles priorités du pouvoir pour les années à venir.

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Fiacre Awadji

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