Le futur Programme d’action du gouvernement (PAG) de Romuald Wadagni est encore en préparation. En attendant, les attentes qui s’expriment dans le pays dessinent déjà une équation claire. Après une décennie de grands travaux et de réformes, les Béninois veulent davantage d’emplois, un pouvoir d’achat préservé, des services essentiels réellement accessibles et une amélioration concrète de leurs conditions de vie.

Le projet de société Wadagni-Talata apporte plusieurs réponses à ces attentes. Sa lecture permet aussi de discerner les grandes lignes du PAG à venir, même si seule sa version officielle permettra de confirmer les choix du nouvel exécutif. Le principal défi du nouveau pouvoir ne sera probablement pas de convaincre que le Bénin s’est transformé depuis 2016. L’enjeu politique du nouveau mandat se situe ailleurs : comment faire en sorte que les progrès macroéconomiques soient ressentis dans les ménages ?

Les attentes exprimées pendant la campagne présidentielle vont dans ce sens. Des électeurs interrogés demandaient notamment plus d’emplois pour les jeunes, une amélioration de la sécurité dans le Nord et une meilleure traduction de la croissance économique dans la vie quotidienne.

Les données disponibles confortent cette lecture. Au Bénin, le taux de pauvreté national était de 36,2 % en 2021-2022 et le sous-emploi touchait 72 % de la population active, tandis que 90,1 % des travailleurs étaient employés dans le secteur informel, selon la Banque mondiale. Le prochain PAG sera jugé moins sur le nombre de projets annoncés que sur leur capacité à agir sur l’emploi, les revenus, le coût de la vie, la santé, l’éducation et la protection sociale. Cette attente n’est d’ailleurs pas propre au Bénin. Dans les enquêtes Afrobarometer menées dans 38 pays africains, le chômage et la hausse du coût de la vie figurent parmi les problèmes que les citoyens souhaitent voir traités en priorité.

Le projet Wadagni-Talata répond déjà à cette demande

Le projet de société présenté par le tandem Wadagni-Talata semble avoir intégré cette évolution de la demande sociale. Il ne propose pas seulement de poursuivre les infrastructures engagées sous Patrice Talon. Il insiste sur l’emploi, l’autonomisation, l’accès aux services et la réduction de la pauvreté.

Dans l’éducation, l’ambition du duo présidentiel est de suivre l’apprenant « du premier jour d’école au premier emploi ». La formation en alternance, l’orientation vers les filières techniques et professionnelles, l’alignement des formations universitaires sur les secteurs à forte employabilité et la création de bourses dans certaines filières prioritaires répondent directement au problème de l’insertion.

Même logique dans l’inclusion financière. Le projet promet une plateforme permettant d’obtenir certains crédits en moins de 48 heures, la digitalisation de la microfinance et des mécanismes de garantie destinés notamment aux jeunes, aux femmes, aux PME, aux agriculteurs et aux acteurs du secteur informel.

Dans la protection sociale, le changement de logique est encore plus révélateur. Le projet prévoit un registre national dynamique des ménages, une plateforme nationale de prestations sociales, des transferts monétaires numériques ciblés, un dispositif pour les personnes âgées, l’inclusion des personnes handicapées et un SAMU social national.

La santé est également pensée sous l’angle de l’accessibilité : prise en charge systématique des urgences vitales grâce à un mécanisme de paiement différé, carnet de santé numérique, télémédecine, amélioration des conditions des centres de santé et accompagnement du secteur privé. Le projet ne renonce donc pas à l’investissement. Il cherche plutôt à déplacer progressivement le centre de gravité, des infrastructures vers les services, et des indicateurs de croissance vers leurs effets sociaux.

Ce que le futur PAG pourrait probablement retenir

Il serait prématuré d’affirmer que toutes ces propositions figureront dans le PAG. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a confirmé le 9 août que le document était encore en préparation et qu’il devrait être présenté à la rentrée politique prochaine. Les réflexions engagées s’appuient notamment sur le PND et la vision de long terme « Bénin 2060 ».

Mais plusieurs éléments permettent déjà de dégager une hypothèse. Le premier axe probable s’articule autour de la réduction de la pauvreté et de l’accès à l’emploi. Le site de campagne de Wadagni présente explicitement le développement territorial comme une nouvelle étape, avec l’ambition d’amplifier la création d’emplois et d’éradiquer l’extrême pauvreté. Le futur PAG pourrait donc davantage territorialiser les politiques publiques, avec des investissements et des filières adaptés aux potentialités de chaque zone.

Le deuxième axe tournerait autour de la transformation du capital humain en opportunités économiques. La combinaison formation professionnelle–alternance–financement–emploi pourrait devenir l’un des dispositifs structurants du mandat. L’enjeu sera de relier plus directement les dépenses d’éducation aux besoins du marché du travail.

Troisième axe : une protection sociale davantage ciblée et numérisée. Le registre national des ménages, l’identification biométrique et les transferts numériques semblent particulièrement cohérents avec la logique de modernisation administrative déjà engagée. Ils pourraient permettre à l’État de passer d’une politique sociale dispersée à une politique davantage fondée sur l’identification des vulnérabilités.

Quatrième axe : l’accès effectif aux services essentiels. Santé, électricité, eau, éducation et mobilité pourraient constituer le volet le plus directement perceptible du PAG. Dans l’énergie, par exemple, le projet prévoit un plan massif d’accès à l’électricité combinant pré-électrification, subvention des branchements et compteurs intelligents. Dans la santé, il prévoit la prise en charge des urgences vitales.

Cinquième axe : la poursuite des grands investissements, mais avec une logique territoriale renforcée. Routes, transport fluvial, énergie, aéroport de Tourou, axes transversaux, infrastructures sanitaires et établissements de formation devraient probablement prolonger les projets déjà engagés.

Le futur PAG ne devrait probablement pas être une rupture avec le modèle économique de la décennie précédente. Romuald Wadagni revendique lui-même une logique de continuité, mais avec l’ambition d’aller « plus loin ». Dans son discours d’investiture, il insistait déjà sur le fait que la croissance n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie quotidienne, à travers les emplois, les services de base et la protection sociale. C’est là que se situe probablement le véritable enjeu politique du PAG du septennat de Romuald Wadagni.

Le PND 2026-2035, approuvé en mai 2026, constitue désormais le cadre de référence de cette nouvelle séquence de développement. Il vise notamment à transformer l’économie, réduire les inégalités et renforcer les institutions. Le PAG devra donc traduire cette ambition décennale en politiques publiques exécutables et budgétisées. À ce stade, une tendance paraît néanmoins difficile à ignorer. Le prochain programme devrait chercher moins à démontrer que le Bénin avance qu’à démontrer que les Béninois avancent avec le Bénin.

Le septennat de la nouvelle équipe sera donc confronté à une exigence différente de celle des années 2016-2026. Construire, réformer et moderniser ne suffira plus. Il faudra pouvoir mesurer combien de jeunes trouvent un emploi, combien de ménages sortent durablement de la pauvreté, combien de patients accèdent effectivement aux soins, combien d’entrepreneurs obtiennent un financement et combien de territoires bénéficient réellement de la croissance. C’est probablement sur cette conversion de la performance de l’État en amélioration du quotidien que les Béninois évalueront le PAG Wadagni.

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Brunelle Tchobo

By Jupiter

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