Sur Internet, une information fausse peut parfois prendre une longueur d’avance sur une information vérifiée. Pourquoi certaines publications deviennent-elles virales en quelques heures, alors que les contenus fiables peinent parfois à atteindre le même public ? C’est l’une des questions abordées lors du cinquième webinaire de sensibilisation du projet « Ma Voix Compte : Protéger et amplifier la voix des jeunes sur Internet », organisé par l’ONG Amicale Pour le Développement Durable (APDD).
Consacrée à la compréhension des infox, la séance s’est tenue le dimanche 30 août 2026, de 20h à 22h. Elle a été modérée par Faïssol ADENIRAN, expert en liberté d’expression et droit du numérique, avec l’intervention de Jean-Luc ALLABI.
Les émotions, un puissant moteur de partage
Au cours de son intervention, l’expert a expliqué que les infox ne se propagent pas uniquement parce qu’elles sont bien fabriquées. Leur efficacité repose aussi sur leur capacité à provoquer rapidement une réaction chez l’internaute.
Colère, peur, indignation, surprise ou curiosité peuvent ainsi pousser un utilisateur à partager une publication avant même d’avoir vérifié son contenu. Les messages qui jouent sur l’urgence ou prétendent révéler une information que « personne d’autre n’ose dire » peuvent notamment favoriser cette réaction.
À cela s’ajoute la simplicité trompeuse de certaines publications. Une question complexe est parfois réduite à une explication unique, avec un responsable clairement désigné et une prétendue preuve présentée sous la forme d’une capture d’écran, d’un témoignage ou d’une image sortie de son contexte.
Quand nos propres réflexes favorisent les infox
L’un des enseignements importants de la séance concerne également les mécanismes psychologiques qui peuvent influencer notre manière de recevoir une information.
Jean-Luc ALLABI a notamment évoqué le biais de confirmation, qui nous conduit à accorder plus facilement du crédit aux informations correspondant à nos convictions préexistantes.
Il a également cité l’effet de vérité illusoire. A force de voir ou d’entendre une même affirmation, celle-ci peut finir par sembler familière et donc plus crédible, même lorsqu’elle est fausse.
Deux autres mécanismes ont été présentés tels que l’heuristique de disponibilité, qui peut nous amener à surestimer un événement parce qu’il est facilement mémorisable, et l’aversion à l’effort cognitif, qui favorise les réactions rapides face à des titres accrocheurs sans consultation du contenu complet.
Autrement dit, le problème ne se situe pas uniquement dans la publication que nous rencontrons. Il peut également se trouver dans notre manière de la traiter.
Les algorithmes peuvent renforcer l’impression d’avoir raison
L’intervention a également permis d’aborder le phénomène de chambre d’écho. Sur les réseaux sociaux, chaque interaction avec un contenu, clic, commentaire, partage ou réaction, fournit des indications sur les sujets susceptibles de retenir notre attention.
Les contenus similaires peuvent alors devenir davantage présents dans notre fil d’actualité. À terme, l’utilisateur peut être confronté principalement à des opinions et informations qui correspondent déjà à ses habitudes ou à ses convictions.
Une infox peut ainsi sembler largement confirmée simplement parce qu’elle apparaît à plusieurs reprises. Pourtant, plusieurs publications ne signifient pas nécessairement plusieurs sources indépendantes.
L’un des exemples présentés lors du webinaire illustrait précisément ce mécanisme : une prétendue fuite institutionnelle était reprise par plusieurs comptes qui se citaient mutuellement. L’apparente multiplicité des sources masquait en réalité une origine commune.
Désinformation, mésinformation et malinformation : trois notions à distinguer
Le webinaire a également permis de clarifier trois termes souvent confondus.
La désinformation désigne une fausse information créée et diffusée intentionnellement pour nuire. La mésinformation correspond à une information fausse relayée sans intention de nuire, notamment par erreur ou méconnaissance.
La malinformation, quant à elle, s’appuie sur une information réelle mais utilisée ou présentée de manière à causer un préjudice. Le détournement d’une information privée ou certaines pratiques d’exposition de données personnelles peuvent notamment relever de cette catégorie.
Cette distinction permet de mieux comprendre que toutes les informations problématiques ne sont pas produites ou partagées dans les mêmes circonstances.
Avant de partager, prendre le temps de vérifier
Face à cette mécanique, l’expert a proposé aux participants une méthode simple : SIFT.
Le premier réflexe consiste à s’arrêter avant de réagir à chaud. Il faut ensuite investiguer la source, rechercher une meilleure couverture de l’information auprès de sources fiables et indépendantes, puis retracer l’origine du contenu.
Cette méthode peut être complétée par six questions essentielles : Quelle est la source ? Quelle est la date ? Qui est l’auteur ? Quelles sont les preuves ? Quel est le ton utilisé ? L’information a-t-elle été recoupée ?
Pour les images, l’expert a également recommandé la recherche inversée, notamment avec des outils comme Google Images, TinEye ou Bing Visual Search. L’objectif est de retrouver les précédentes occurrences d’un visuel et de vérifier si sa date, son lieu et son contexte correspondent réellement à la publication qui l’accompagne.
Devenir un utilisateur plus vigilant
À travers cette cinquième séance, le projet « Ma Voix Compte » rappelle ainsi qu’amplifier sa voix sur Internet implique aussi de mesurer la portée de ce que l’on partage. Dans un environnement où une publication peut atteindre rapidement un grand nombre de personnes, prendre quelques instants pour vérifier une information peut éviter de contribuer involontairement à sa diffusion.
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La Rédaction
