Une image ou une vidéo peut sembler apporter une preuve évidente. Pourtant, un contenu visuel authentique peut être associé à une mauvaise date, à un autre lieu ou à un contexte qui n’est pas le sien. Il peut également avoir été modifié ou généré artificiellement. Comment alors vérifier ce que l’on voit avant de le partager ? C’est l’une des principales questions abordées lors du 15ᵉ webinaire du projet « Ma Voix Compte : Protéger et amplifier la voix des jeunes sur Internet », consacré à la vérification des images, vidéos et contenus numériques.
Organisée par l’ONG Amicale Pour le Développement Durable (APDD), la séance s’est tenue le mercredi 9 septembre 2026, de 20h à 22h, sur Google Meet. Elle a réuni 15 participants autour de Jean-Jacques SOMAKPO, expert intervenant, sous la modération de Faïssol ADENIRAN, expert en liberté d’expression et droit du numérique.
Une image authentique peut raconter une histoire fausse
L’un des principaux enseignements de la séance est simple : l’authenticité d’une image ne garantit pas l’exactitude de la légende qui l’accompagne. Une photographie peut avoir réellement été prise, mais être présentée comme montrant un événement différent de celui auquel elle se rapporte. De même, une vidéo authentique peut être republiée avec une date, un lieu ou une interprétation qui ne correspondent pas à son contexte d’origine.
Pour éviter ces confusions, l’expert a présenté quatre éléments à vérifier l’origine du contenu, sa date, sa localisation et son contexte.
La première impression laissée par une image ne doit donc pas suffire à établir sa véracité. Elle doit être confrontée à des éléments externes permettant de confirmer ou d’infirmer ce qu’elle prétend montrer.
Une vidéo annoncée à New York, des indices qui orientent vers la Turquie
Pour rendre cette méthode concrète, Jean-Jacques SOMAKPO a soumis aux participants une vidéo présentée comme ayant été tournée à New York.
L’analyse du contenu a conduit à examiner plusieurs indices visibles dans la séquence, notamment le mobilier urbain, certaines enseignes commerciales et une inscription mentionnant « Tabela ». Ces éléments ont orienté la recherche vers Adana, en Turquie, plutôt que vers New York.
L’exercice montre l’importance de ne pas prendre la localisation annoncée dans une publication pour acquise. Un lieu indiqué dans une légende est une information à vérifier, et non une preuve en soi.
La démarche consiste à identifier les indices disponibles, puis à les confronter à d’autres sources afin d’établir si la localisation présentée est effectivement cohérente avec le contenu.
Les outils de recherche inversée : des aides, pas des arbitres
Pour effectuer ce type de vérification, l’expert a présenté plusieurs outils de recherche visuelle, notamment Google Lens, TinEye et Yandex.
Ces services peuvent permettre de retrouver des occurrences d’une image, des contenus visuellement similaires ou des pages sur lesquelles un visuel a déjà été publié. Ils peuvent ainsi aider à remonter vers une publication antérieure ou à identifier un contexte différent.
Mais leurs résultats ne constituent pas automatiquement une conclusion. Un résultat de recherche doit lui aussi être examiné et recoupé. La vérification repose donc sur la confrontation de plusieurs indices plutôt que sur la confiance accordée à un seul outil.
L’expert a également évoqué les métadonnées EXIF, qui peuvent contenir certaines informations techniques associées à une photographie. Leur utilité reste toutefois limitée lorsque ces données ont été supprimées, notamment après le passage par certaines plateformes numériques.
L’intelligence artificielle complique encore la vérification
La multiplication des contenus générés ou modifiés grâce à l’intelligence artificielle constitue un autre défi pour les internautes.
Au cours de la séance, plusieurs éléments susceptibles d’appeler une vérification approfondie ont été évoqués : des proportions physiques inhabituelles, des textures excessivement uniformes, des incohérences dans les ombres ou encore des décalages entre les mouvements des lèvres et la bande sonore d’une vidéo.
Ces caractéristiques ne permettent toutefois pas, à elles seules, d’affirmer qu’un contenu a été généré ou manipulé par intelligence artificielle. Elles constituent plutôt des signaux d’alerte qui justifient des vérifications supplémentaires. Cette nuance est essentielle à une époque où les contenus synthétiques deviennent de plus en plus réalistes.
Retrouver la source ne suffit pas toujours
Les échanges avec les participants ont permis d’aller plus loin dans la réflexion. Charles SOUNOUVOU a notamment souligné qu’identifier la source apparente d’une vidéo ne permet pas nécessairement de garantir que l’on dispose de sa version intégrale et authentique.
Cette remarque pose une question fondamentale : avons-nous retrouvé l’origine du contenu ou seulement une autre copie de celui-ci ?
Pour répondre, il peut être nécessaire de rechercher une version antérieure, de comparer plusieurs publications, de vérifier si la séquence a été coupée ou modifiée et de replacer les images dans leur contexte.
La vérification devient alors un véritable travail d’enquête, où chaque élément doit être considéré avec prudence.
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La Rédaction
