C’est la triste nouvelle qui fait l’actualité dans la commune de Bantè. L’ancien ministre des Finances et ancien député Grégoire Laourou est décédé. Une nouvelle que les cadres, acteurs politiques, artistes ou encore citoyens de la commune ont du mal à accepter. Ces derniers pleurent le départ d’un patriarche, d’un homme d’État et d’un fils de Bantè dont le parcours, les conseils et les œuvres resteront à jamais gravés dans les mémoires. Témoignages et hommages affluent depuis l’annonce de sa disparition.
C’est désormais terminé. On n’entendra plus la voix de Grégoire Laourou, ancien directeur général du Budget, ancien ministre de l’Économie et des Finances et ancien député à l’Assemblée nationale. Il s’en est allé dans la nuit du lundi 24 au mardi 25 août 2026 au Centre national hospitalier et universitaire Hubert Koutoukou Maga (CNHU-HKM) de Cotonou, à l’âge de 74 ans.
L’annonce de son décès est survenue après plusieurs semaines d’hospitalisation. Selon une source proche de la famille, l’ancien ministre était sous traitement depuis plusieurs années et multipliait notamment les soins et contrôles de santé en France. Il y a environ trois semaines, son état de santé s’est « sérieusement dégradé ». Il a d’abord été transporté dans une clinique privée avant d’être évacué aux urgences du CNHU de Cotonou. Aucun détail n’a été fourni sur les causes réelles de son décès.
Les Béninois, et particulièrement les populations de Bantè, pleurent la disparition d’un patriarche, d’un homme d’expérience et d’un grand commis de l’État. Le décès de Grégoire Laourou a, en effet, profondément touché les cadres, acteurs politiques et citoyens de Bantè. Depuis l’annonce de cette tragédie, une vague d’hommages et de messages empreints de tristesse a envahi les réseaux sociaux, témoignant de l’impact de cette perte pour la commune.
Parmi les nombreuses réactions, celle de l’Honorable Dr Jean Aballo, député à l’Assemblée nationale, 10è législature, illustre bien ce sentiment. Pour lui, Grégoire Laourou était un aîné, un homme d’expérience et de conseil, profondément attaché à Bantè et à ceux qui lui étaient chers.
« Son parcours, sa rigueur, sa sagesse et son sens du devoir auront marqué la vie de notre pays et laissé des repères à plusieurs générations », a-t-il témoigné. Mais au-delà des responsabilités qu’il a assumées, l’élu dit retenir surtout « l’homme », sa parole, son expérience et son attachement à sa terre. « Aujourd’hui, le Patriarche s’en va. Mais les hommes qui ont beaucoup donné ne disparaissent jamais tout à fait », a-t-il ajouté.
Alamissi Géraud Fagbemi, qui a eu la chance d’être l’un des « petits » de Grégoire Laourou entre janvier 2018 et février 2024, revient également sur les années passées à ses côtés. Il dit avoir découvert en lui « une véritable école de vie et une source de sagesse ».
Durant cette période, l’ancien ministre lui apprenait notamment à toujours privilégier son travail à la politique. « La politique ne vient éventuellement que pour mettre du beurre au pain procuré par ton propre travail », lui répétait-il. Il lui enseignait également la prudence et la retenue, notamment face aux attaques politiques dont il pouvait être victime. Pour Grégoire Laourou, un leader politique pouvait se réconcilier avec son adversaire, mais celui qui avait insulté cet adversaire resterait toujours marqué. Enfin, son proche dit avoir appris de lui une autre conception du leadership : « accepter parfois d’être le plus petit pour permettre aux autres de grandir ». Des enseignements qui, assure-t-il, resteront pour lui une boussole.
Un homme d’État dont les souvenirs dépassent les fonctions
Grégoire Laourou n’était pas seulement connu pour les fonctions qu’il a occupées. Plusieurs témoignages reviennent sur sa capacité à écouter, conseiller et rechercher des solutions.
Dovonou Thierry, qui l’a connu alors qu’il était directeur général du Budget, garde notamment le souvenir d’un homme qui avait apporté son soutien aux enseignants, en particulier aux agents contractuels de l’État. En 2005, alors que le pays était marqué par une forte tension sociale, il raconte avoir sollicité le ministre des Finances au sujet d’une défalcation sur salaire annoncée contre les enseignants grévistes. Après un rendez-vous dans son bureau, Grégoire Laourou lui aurait remis un engagement écrit de ne pas procéder à la défalcation. Une décision qui, selon lui, avait contribué à la levée de la grève.
Pour Dovonou Thierry, Grégoire Laourou était ainsi « un financier d’exception », « un technicien rigoureux », mais surtout « un homme humble et accessible » et « un serviteur de l’État au cœur humain ». « Il préférait toujours la négociation à l’affrontement. Il croyait qu’on pouvait être ferme dans les principes et doux avec les hommes », témoigne-t-il.
Akpassi pleure aussi un fils de sang
Dans l’arrondissement d’Akpassi, l’un des neuf qui constituent la commune de Bantè, dont sa mère était originaire, l’ancien ministre est présenté comme un fils de la localité.
Le Chef d’Arrondissement d’Akpassi, Charles Banouwin, a rendu hommage à celui qu’il considère comme « un grand serviteur de la Nation ». Au-delà de l’ancien directeur général du Budget, du ministre de l’Économie et des Finances et de l’ancien député, « Akpassi pleure aujourd’hui un fils de sang », a-t-il souligné.
Pour lui, Grégoire Laourou portait en lui les valeurs d’humilité, de rigueur et de générosité qui font la fierté de la communauté. Par ses conseils et son attachement à ses racines, il aurait également impacté plusieurs générations.
Bantè pleure un baobab
Les hommages se multiplient également dans les différents arrondissements de la commune. L’Association pour le développement de l’arrondissement de Pira « KASSOWOKPO » salue notamment la mémoire de celui qui fut ancien président de l’association de développement de la commune de Bantè, KASHIFE. « Elle salue la mémoire du PATRIARCHE et ce qu’il a représenté pour notre communauté, la communauté de Bantè », peut-on lire dans son message de condoléances.
Le maire de Bantè, Daniel Fatchehoun, a lui aussi salué la mémoire d’un fils dont « le parcours, l’engagement et les actions ont marqué notre commune et notre pays ». Au nom du conseil communal et en son nom personnel, il a adressé ses condoléances à la famille Laourou et à toute la communauté de Bantè.
Le Coordonnateur départemental du Conseil économique et social (CES) des Collines, Serge Odoubourou, a également adressé ses condoléances à la famille Laourou. Au nom du CES des Collines et en son nom propre, il a salué la mémoire du disparu et souhaité à sa famille « la force et le courage nécessaires » pour traverser cette douloureuse épreuve.
Au préfet des Collines, Saliou Odoubou, de laisser lire : «Que l’âme de l’illustre disparu repose éternellement en paix». Il a également adressé ses condoléances à toutes les familles et à toute la commune de Bantè.
Pour Mariano Degny, la disparition de Grégoire Laourou est celle d’un « baobab ». « Une grande voix s’est tue. Une génération perd l’un de ses repères », a-t-il écrit.
Salifou Awo, premier vice-président de l’Union des Associations de Développement des Arrondissements de la Commune de Bantè (KASHIFÈ), partage également cette perception. « Aujourd’hui, c’est un baobab qui tombe. La disparition de cet homme d’exception laisse un grand vide au sein de notre communauté », a-t-il déclaré.
« Toute une bibliothèque partie en fumée »
Dans les différents hommages, une même idée revient : Grégoire Laourou était un homme dont l’expérience et les conseils dépassaient largement les fonctions occupées. Le Dr Idoh Paulin Fade résume cette disparition à travers plusieurs images : « L’iroko est tombé. Le baobab s’est déraciné. Un grand arbre de la forêt a disparu. Toute une bibliothèque partie en fumée. »
Pour Cyrille Adjiba, activiste, l’ancien ministre était également un patriarche dont les œuvres ne tarissent point. Il rappelle notamment son action au CEG Agoua et ses générosités sur cette terre.
Même les témoignages les plus nuancés reconnaissent l’importance de son parcours. Pour Cebro, « tout n’a pas été parfait dans le parcours terrestre » de Grégoire Laourou. Mais cela ne l’empêche pas de considérer l’ancien ministre comme « un vieux sage » qui n’a pas démérité.
Bien plus que l’homme politique et du haut commis de l’État, Grégoire Laourou était aussi un père, un oncle et un aîné pour plusieurs personnes.
Moïse Mensan l’appelle « pépé » et adresse ses condoléances aux proches de la famille Laourou, notamment au colonel Marcellin Laourou, à Paolo Laourou et à Ulrich Laourou. « C’est impossible de croire toujours malheureusement c’est vrai », écrit-il, visiblement marqué par la disparition.
L’artiste H-Fada s’est également incliné devant la mémoire de celui qu’il appelle « cher papa », tout en adressant ses condoléances à la communauté bantènoise et à la famille éplorée. Maestro, pour sa part, évoque « cette longue bataille avec la maladie » avant de saluer son « cher oncle ». Éric Assoumon, lui, résume sa douleur en quelques mots : « Reposez-vous en paix, grand homme ».
Connu pour son passage au gouvernement de Mathieu Kérékou, son mandat à la direction générale du Budget et son expérience parlementaire, Grégoire Laourou avait également marqué la vie politique béninoise. Membre fondateur des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), il avait marqué ses distances avec cette formation en 2015 avant de soutenir Sébastien Ajavon lors de la présidentielle d’avril 2016. Mais à Bantè, après sa disparition, c’est moins l’homme politique que le patriarche que plusieurs pleurent.
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Narcisse Faboladji ABEREKERE (Coll)
